C'est un pêcheur qui, mercredi en début d'après-midi, a découvert une quinzaine de corps flottant dans la Manche, au large de Calais. Le bilan s'est depuis alourdi : au moins 27 migrants sont morts noyés alors qu'ils tentaient de rejoindre les côtes britanniques. Un drame de plus, le plus meurtrier depuis 2018 et l'envolée des traversées entre la France et le Royaume-Uni. "La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière", a réagi dans la soirée Emmanuel Macron. Le Premier ministre Jean Castex organisera ce jeudi matin une réunion interministérielle "à la suite du naufrage dramatique", a annoncé Matignon.
Parmi les victimes figurent 17 hommes, dont deux décédés à l'hôpital, sept femmes et "trois jeunes", dont on ignore encore l'âge exact, a précisé à l'AFP la procureure de Lille, Carole Etienne. Deux rescapés "apparemment somalien et irakien" étaient aussi hospitalisés et devraient pouvoir être entendus sous peu, a-t-elle indiqué.
Le parquet de Dunkerque a annoncé l'ouverture d'une enquête pour "aide à l'entrée au séjour irrégulier en bande organisée" et "homicide involontaire aggravé." Quatre passeurs suspects ont déjà été arrêtés, a annoncé le gouvernement mercredi soir, et un cinquième dans la nuit de mercredi à jeudi. "Les premiers responsables de cette ignoble situation, ce sont les passeurs, a déclaré sur place Gérald Darmanin. Ce sont des criminels qui, pour quelques milliers d'euros, organisent des traites d'êtres humains."
Plus de 21 000 traversées depuis le début de l'année
"Mes pensées vont aux nombreux disparus et blessés, victimes de passeurs criminels qui exploitent leur détresse et leur misère", a publié sur Twitter le Premier ministre Jean Castex. A Londres, le Premier ministre a convoqué une réunion de crise. Boris Johnson s'est dit "choqué, révolté et profondément attristé" par le drame.
Depuis le début de l'année, les tentatives de traversées de la Manche se sont multipliées. Début novembre, près de 850 migrants avaient réussi à gagner l'Angleterre. Depuis le 1er janvier 2021, plus de 21 000 personnes auraient ainsi réussi la traversée. Face au verrouillage croissant du port de Calais et de l'Eurotunnel, qui relie les deux pays, les migrants tentent de plus en plus la traversée par la mer. Trois personnes sont déjà mortes ainsi depuis le début de l'année. Quatre autres sont toujours portées disparues. Ces trois derniers mois, les tentatives de traversées migratoires de la Manche à bord de petites embarcations ont doublé, avait mis en garde vendredi dernier le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Philippe Dutrieux, dans un entretien avec l'AFP.
"Le jour de trop"
Face à cette situation dramatique, les responsables associatifs ne cessent d'alarmer. "Les gens meurent dans la Manche qui est en train de se transformer en cimetière à ciel ouvert, comme la Méditerranée, a ainsi alerté Pierre Roques, coordinateur de l'Auberge des migrants, une association humanitaire calaisienne. Tant que l'Angleterre sera en face, les gens continueront à traverser." "C'est le jour de trop", a réagi de son côté sur BFMTV la maire de Calais, Natacha Bouchart.
Dans ce dossier des migrants bloqués à Calais en attente de gagner le Royaume-Uni, Londres et Paris se renvoient chacun les responsabilités. S'ils ont convenu de renforcer leur coopération pour tenter de tarir les départs, aucune solution durable ne semble émerger. "Tant que des voies de passage sûres ne seront pas mises en place entre l'Angleterre et la France, ou tant que ces personnes ne pourront pas être régularisées en France, que Darmanin vienne ou pas à Calais, il y aura des morts à la frontière", a ainsi déclaré à l'AFP Charlotte Kwantes, responsable d'Utopia56, une association qui vient en aide aux exilés.
Lors d'un entretien téléphonique, Boris Johnson et Emmanuel Macron "ont convenu de l'urgence d'accroître leurs efforts conjoints pour prévenir ces traversées et de faire tout leur possible pour empêcher les gangs qui mettent des vies en danger", selon un porte-parole de Downing Street. Le président français a notamment demandé le "renforcement immédiat des moyens de l'agence Frontex aux frontières extérieures" de l'UE, d'après un communiqué de l'Elysée.
