La loi sur les interdictions de circuler pour les poids lourds, l'été, est claire. "Sur l'ensemble du réseau routier national en période estival", les camions de plus de 7,5 tonnes n'ont pas le droit de rouler "le samedi de 22h à 22h le dimanche", et "les veilles de jours fériés de 22h à 22h le lendemain".
Il était 21h34 le 14 juillet, selon le procureur de la République de Paris, François Molins, lorsque Mohamed Lahouaiej-Bouhlel monte dans la cabine de son camion de location de 19 tonnes, dans le quartier de l'Auriol, à Nice. Un camion, que le magistrat a qualifié de "frigorifique", mais qui ne l'était pas selon des professionnels du transport interrogés par France Bleu Azur, arguant notamment du fait qu'il ne portait pas l'inscription "FR", sur l'avant, signe de l'homologation du véhicule.
LIRE AUSSI >> Attentat de Nice: les mensonges en série du tueur au camion
Un arrêté municipal pris en 2014
Qu'il soit frigorifique ou non, ce camion, conduit par le terroriste et filmé par le millier de caméras de vidéosurveillance que compte la ville, n'aurait donc jamais dû démarrer avant 22h. A 22h30, cela fait déjà presque une heure qu'il roule et le camion est filmé dans le quartier Magnan. Il s'approche progressivement de la promenade des Anglais, où -quelques minutes après ce que la Préfecture a décrit être un passage en force de l'entrée de la voie contrôlée par des policiers, "en montant sur le trottoir"- il fauchera plusieurs centaines de personnes, dont 84 mortellement.
Théoriquement, cela fait 30 minutes que le poids lourd a le droit de rouler, mais la ville a adopté le 29 septembre 2014 un arrêté municipal permanent qui interdit la circulation des véhicules dont le poids total est égal ou supérieur à 3,5 tonnes, sur la promenade des Anglais, mais aussi dans l'ensemble de la ville.
Impossible "d'identifier par les caméras un camion autorisé ou non-autorisé"
"La promenade des Anglais n'est certainement pas une voie adaptée aux plus de 3,5 tonnes qui bénéficient d'un itinéraire spécifique. (...) Le défilé de ces nombreux poids lourds, qui congestionnent notre centre ville, ne fait que dénaturer l'image de la ville de Nice", avait d'ailleurs déclaré en octobre 2014 Christian Estrosi, alors maire de la ville, pour justifier de cette mesure.
Mardi, la mairie de Nice, dont il est aujourd'hui le premier adjoint, s'est défendue à propos de cette interdiction de circuler, auprès de la radio locale. "Il existe des exceptions-dérogations à cet arrêté municipal permettant à certains camions de 19 tonnes de circuler en ville et sur la promenade des Anglais". Elle cite les "livraisons, les déménagement" et conclut: "Il n'est donc pas possible d'identifier uniquement par les caméras un camion étant autorisé ou non-autorisé."
