La mosquée de Bayonne, ville présentée par ses élus comme "paisible", à la communauté musulmane "intégrée", a été ce lundi la cible de tirs faisant deux blessés graves. L'assaillant, Claude Sinké, un ex-candidat du Front national, a été interpellé après les faits. L'octogénaire a été placé en garde à vue en milieu d'après-midi du chef de "tentative d'assassinats", a indiqué le procureur de Bayonne, Marc Mariée, dans un communiqué. Qui est le tireur présumé ? L'Express fait le point.
Ancien militaire, candidat FN
Claude Sinké, 84 ans, a reconnu en garde à vue être l'auteur des tirs, selon une source proche de l'enquête. Il s'agit d'un ancien militaire, détenteur de trois armes de catégorie B, qu'il avait déclarées. L'homme avait été candidat du Front national (FN) en 2015 aux élections départementales des Landes, canton de Seignanx. Il n'avait pas été élu, son binôme étant arrivé en quatrième position au premier tour, avec 17,45% des suffrages souligne Franceinfo.
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Selon Jacques Leclercq, délégué adjoint landais du Rassemblement national (RN), il avait été "écarté du parti" après ces élections, sans donner plus de précisions. "Nous n'avions plus de contact avec [le suspect] depuis des mois. Et avant, dans les réunions, il était mis dehors par nos DPS", les services d'ordre du parti, a souligné un responsable du RN.
"Il n'aimait pas les gens de gauche, du centre, et peu ceux de droite", se souvient Mike Bresson, un autre adjoint de Saint-Martin. "Il a déjà fait parler de lui aussi en tenant des propos xénophobes et homophobes", assure aussi dans Sud-Ouest l'ancien édile de la commune, Lionel Causse. Il y a quelques années, l'octogénaire avait aussi posté sur Facebook son admiration pour le polémiste Éric Zemmour.
"Violent verbalement" et "perturbé"
À Saint-Martin-de-Seignanx, où Claude Sinké résidait, personne ne se dit proche de lui. L'octogénaire y était connu et certains conviennent qu'il était à tout le moins "atypique", voire "donnait l'apparence de quelqu'un pyschologiquement perturbé", selon Mike Bresson, adjoint à la mairie du village.
L'homme était "connu sur la commune et fui pour ses excès verbaux", ajoute-t-il. L'ancien maire assure même à Sud-Ouest, qu'il lui avait "interdit l'accès à la mairie "car il venait tout le temps [l]e voir et se révélait violent verbalement avec [lui] et le personnel de la mairie".
Récemment, il avait adressé une lettre "rageuse" au bâtonnier de Bayonne et du procureur de Dax dans laquelle il annonçait sa volonté de porter plainte contre Emmanuel Macron, rapporte Sud-Ouest. "Il y avait plein de motifs", dont "non application des droits de l'homme", a expliqué à l'AFP le bâtonnier de Bayonne, Me Teddy Vermote, évoquant un courrier "confus". Il ne parlait en revanche pas de la mosquée de Bayonne. "On n'a pas perçu de menace, et sans [l'attaque de Bayonne], ce genre de courrier, c'est complètement anecdotique", a souligné l'avocat.
"Ça ne m'étonne pas", assure aussi une voisine qui ne souhaite pas donner son nom, "c'est quelqu'un qui avait des armes chez lui, il les montrait même aux gens. Ça fait plusieurs années qu'il perd la tête". "Il a pété un plomb", revient dans la bouche de plus d'un.
Une voisine qui l'avait connu à Anglet, près de Bayonne, disait lui connaître un fils, qu'il voyait peu, et un petit-fils qui en revanche venait le voir.
Auteur d'un livre il y a cinq ans
L'homme, versé dans l'art à la retraite, et dont les sculptures (sur bois notamment) avaient déjà eu les honneurs de la presse locale, avait aussi un aspect inclassable, auteur il y a cinq ans d'un livre sur La France à Coeur ouvert ou la misère humaine, où il expliquait "traiter des rapports entre les dominants et les dominés".
"C'est quelqu'un qui pouvait être sympathique si vous parliez art avec lui. Mais il ne fallait jamais parler politique, ça finissait toujours par des mots un peu hauts, mais ça n'allait jamais plus loin", se souvient Mike Bresson, adjoint de Saint-Martin.
