Les prisons ont beau être des lieux clos, elles sont loin d'être hermétiques au monde extérieur. L'onde de choc de la série d'attentats ayant endeuillé la France depuis fin septembre, à Paris, Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) et Nice (Alpes-Maritimes), s'est ainsi propagée jusque derrière les barreaux. Et quelques esprits se sont échauffés. "Depuis l'assassinat de Samuel Paty notamment, nous avons constaté une excitation chez des profils radicalisés", confie une source au sein de l'administration pénitentiaire qui assure être depuis la mi-octobre constamment en "gestion d'incidents". Résultat : un certain nombre de remontées de faits, principalement de l'apologie du terrorisme, et quelques menaces dans des situations de tension.

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Le leitmotiv est clair, résume notre source : "On ne laisse rien passer." Concrètement, cela signifie des détenus placés à l'isolement dans les cas les plus graves, mais surtout un signalement systématique des délits aux procureurs de la République, que les faits se soient produits dans ou hors des prisons, dans ce qu'on appelle le milieu ouvert, qui regroupe des prévenus que la justice n'a pas estimé nécessaire d'enfermer avant leur procès et des condamnés qui ont obtenu un aménagement de leur peine, avec par exemple un bracelet électronique. En ce qui concerne ces derniers, l'administration assure réagir aussitôt à la moindre absence lors d'une visite à domicile d'un conseiller d'insertion et de probation ou à la non-présentation à un entretien. La prise en charge du "haut du spectre", les profils jugés les plus inquiétants, a été renforcée.

"Il a eu ce qu'il méritait"

Des jugements ont déjà été rendus après des comparutions immédiates. A Amiens (Somme), c'est un prisonnier qui a écopé d'une peine de huit mois ferme. Il aurait déclaré devant témoins que Samuel Paty, le professeur d'histoire décapité en pleine rue à proximité de son collège de Conflans-Sainte-Honorine, avait eu "ce qu'il méritait" car "on ne touche pas à la religion", rapporte Le Courrier Picard. Fin novembre, c'est un détenu du centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse (Ain) qui comparaîtra à son tour pour des propos similaires, annonce Le Progrès. Et la liste est longue.

Le ministère de la Justice refuse de communiquer le chiffre exact des incidents recensés, mais confirme "une recrudescence notable mais contenue des manifestations de radicalisation ces dernières semaines", la situation semblant toutefois stabilisée. Sur le terrain, les consignes sont martelées, assure la chancellerie : "On demande aux agents d'être particulièrement attentifs aux comportements des détenus terroristes (les TIS) et de ceux de droit commun soupçonnés de radicalisation (les DCSR), de bien faire remonter les informations à la permanence et de signaler sans délai les comportements inhabituels."

A Vienne, le scénario cauchemar

Quitte à en faire trop? Flavie Rault, secrétaire générale du Syndicat national des directeurs pénitentiaires, estime qu'il y a une "surréaction de l'administration, à la demande du politique, qui, dans le contexte des derniers attentats, sollicite des remontées exhaustives". Sans vouloir donner l'impression de "minimiser la gravité des propos" tenus, la directrice adjointe de la maison d'arrêt de la Santé à Paris évoque des auteurs notamment connus pour des troubles psychiatriques.

Reste que le sujet est sensible, les prisons ayant déjà été touchées par des attaques terroristes. La menace que représentent les "sortants" est le défi principal des années à venir. A Vienne, le scénario cauchemar a pris les traits d'un Autrichien de 20 ans d'origine nord-macédonienne qui a tué quatre personnes le 2 novembre. Condamné pour une tentative de départ en Syrie, il avait intégré un programme de déradicalisation.