(Dans L'Express du 18 août 1969)

Les 1 600 hôtesses et stewards, employés par la compagnie Air France, ont décidé de livrer la "bataille des 40 ans" contre le règlement. Quarante ans, c'est le plafond au-dessus duquel le personnel féminin n'a plus le droit d'exercer une activité en vol. Les hôtesses et les stewards (95 % sont syndiqués) envisagent des grèves, mais espèrent une négociation.

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La bataille qui commence est menée par le syndicat national du personnel navigant commercial (S.n.p.n.c.). Et par son président, M. Pierre Barbier, 42 ans. "La limite d'âge pour les hôtesses, remarque-t-on avec indignation, est une mesure désuète et contestable, juridiquement et moralement." Au-delà, c'est tout le problème des conditions de travail d'une profession qui, comme d'autres, a évolué. Sur les vols moyen-courriers, le S.n.p.n.c. réclame l'embarquement d'un agent supplémentaire. L'accroissement du trafic aérien, assure-t-il, a entraîné des charges de travail excessives, d'autant que les vols sont de plus en plus courts.

En 1955, un Super-Constellation mettait seize heures à franchir l'Atlantique Nord et l'on servait soixante repas à bord. En 1969, pour la même traversée, un Boeing 707 met huit heures, et les hôtesses doivent assurer le service de cent repas, ou davantage.

"La situation est pire sur les vols courts, affirment les syndicalistes du S.n.p.n.c. En une seule journée, une hôtesse peut être amenée à servir six cent quatre-vingts repas." Une hôtesse a calculé que sur un vol de 2 300 km (Paris-Istanbul, par exemple), elle effectuait une "promenade" d'environ 12 km à pied. Et une autre se plaint : "Comment dorloter cent vingt passagers en deux heures ?"

Pourquoi une telle discrimination ?

Le conflit est profond. Dans une lettre de vingt pages à la direction de la compagnie, le S.n.p.n.c. demande des décisions urgentes. Pour l'hôtesse qui a deux fois 20 ans et un peu plus, il propose d'offrir un choix en trois volets : soit poursuivre l'activité en vol, soit obtenir le reclassement au sol, soit quitter la compagnie mais avec des indemnités substantielles.

M. Barbier constate : "Pour les hommes, la limite est fixée à 50 ans. Pourquoi une telle discrimination ?" La "bataille des 40 ans" sera sans doute longue. Mais le président du S.n.p.n.c. est patient. Et expert. Depuis 1963, le "célibat obligatoire" des hôtesses est supprimé à Air France et 20 % de l'effectif est marié. Cela, grâce à l'action syndicale persévérante de M. Barbier. A cette époque, cet ancien steward avait décidé de se marier avec Anne-Marie, une hôtesse de l'air.