Une découverte comme celle-là, les archéologues en font rarement sur le territoire français. Et si la Corse est connue pour abriter une riche nécropole étrusque à Aléria - la plus importante hors d'Italie -, les chercheurs de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) ne s'attendaient pas à découvrir à 300 mètres de là, sur le lieu-dit Lamajone, un hypogée - une chambre funéraire individuelle enterrée - de 6 mètres de longueur et 3 de profondeur. "Une tombe de ce genre, lorsqu'elle est individuelle, avec un long couloir, est réservée à des dignitaires de haut rang", indique Laurent Vidal, responsable scientifique du chantier. Après une période de fouilles, achevée en mars 2019, et une année d'études méticuleuses en laboratoire, les chercheurs ont répertorié pas moins de 200 objets.
Une découverte émouvante
"Lorsque je suis arrivée sur le site, la tombe n'était pas encore ouverte, se souvient Marina Biron, conservatrice-restauratrice de l'Inrap. On a commencé à faire apparaître un gobelet à grandes anses (skyphos), puis deux, jusqu'à révéler le squelette, particulièrement bien conservé grâce à un sol riche en sédiments. C'était très émouvant : le corps reposait sur le dos, la tête inclinée côté gauche, entouré d'une quarantaine de récipients en céramique peinte." L'étude des os, notamment au niveau du bassin, a montré qu'il s'agissait d'une femme, sans doute une aristocrate, disparue entre 400 et 300 avant notre ère.

Autour de la probable défunte, des récipients (oenochoés) contenant du vin, qui renvoie renvoie au rituel du symposion, moment de convivialité où les Etrusques se retrouvaient pour boire collectivement. Un rite qui était reproduit au moment de l'enterrement.
© / Roland Haurillon / INRAP
La présence en quantité importante de grands vases a intrigué les scientifiques, qui en ont analysé 22 par tomodensitométrie - à l'aide d'un scanner à rayons X qui, de façon non intrusive et sans risque de fragiliser la céramique, restitue une image virtuelle des objets en trois dimensions. "Ces oenochoés contenaient du vin", révèle Marina Biron. Leur présence dans la tombe renvoie au rituel du symposion, moment de convivialité où les Etrusques se retrouvaient pour boire collectivement, qui était reproduit au moment de l'enterrement.
Un peuple de marchands
Cette civilisation antique a prospéré dans le nord de la péninsule Italienne du VIIIe au IVe siècle avant notre ère. Peuple de marchands, les Etrusques ont atteint la Corse, riche de matières premières comme le miel, la résine ou certains métaux, bien avant les Romains. Nombre d'entre eux s'y sont installés, pendant plusieurs générations, jusqu'à former une élite opulente. Cette tombe d'Aléria en témoigne. "Outre les vases décorés avec soin - l'un d'eux représente un personnage ailé -, on a retrouvé plusieurs bijoux en or, notamment une très belle paire de boucles d'oreilles, une bague et un double anneau", énumère Laurent Vidal.

Anneau sigillaire (bague servant de sceau) en or représentant un visage féminin, possiblement une Aphrodite, dont le style s'apparente à celui d'exemplaires trouvés en Grèce. [Benoît : ça ressemble plus à un chat !]
© / Pascal Druelle / INRAP
Mais l'attention des chercheurs s'est vite focalisée sur les nombreux récipients - un alabastre à onguents, des fioles à parfum - et les deux miroirs en bronze à manche en os qui se trouvaient aux pieds de la défunte. "On a trouvé des attaches en métal qui laissent penser que tous ces objets se trouvaient dans un contenant en matériau périssable, une sorte de sac en tissu ou en vannerie", explique Marina Biron. Comble de la coquetterie, pour leur voyage vers l'au-delà, les femmes étrusques ont inventé le vanity-case.
