Si le processus constitutionnel américain se poursuit normalement, le 20 janvier à midi, l'administration Biden prendra les rênes des Etats-Unis pour quatre ans, engendrant deux conséquences immédiates : le retour de la première économie mondiale sous le régime de l'accord de Paris sur le climat et la démission de l'actuel administrateur de la Nasa, Jim Bridenstine.
Le départ du patron de l'agence spatiale fédérale est traditionnel en cas d'alternance politique. Son remplacement prend habituellement plusieurs mois, pendant lesquels l'ancien administrateur adjoint assure l'intérim. Donald Trump avait mis quinze mois avant de nommer Jim Bridenstine, ancien représentant républicain de l'Oklahoma. Il avait fallu cinq mois et demi à Barack Obama pour nommer l'ex-astronaute Charlie Bolden à ce même poste.
Le nouveau chef de l'agence spatiale la plus puissante du monde devra rendre compte au National Space Council, une entité chargée de gérer la politique spatiale américaine, civile et militaire, et présidée par le vice-président, c'est-à-dire Kamala Harris, à partir de la passation de pouvoirs. En tant que vice-président lui-même, Joe Biden n'a jamais eu à présider ce conseil, puisqu'il avait été dissous sous Clinton et n'a été remis en place qu'en 2017 par Donald Trump. Cette restauration avait toutefois été envisagée par Obama, et les activités de ce conseil ne devraient donc pas être remises en question.
Une stratégie qui se recentre sur l'observation de la Terre
L'un des grands chantiers à venir va être de remettre en avant la recherche sur le changement climatique, contre laquelle Donald Trump a souvent tenté de lutter. Chaque année, la Maison-Blanche proposait des coupes budgétaires sur des travaux de recherche - et pas seulement dans le domaine des sciences de la Terre - : étude du carbone atmosphérique, des aérosols et du plancton, mais aussi un télescope spatial infrarouge et les activités éducatives à destination de la jeunesse.
Et, chaque année, le Congrès a systématiquement rétabli les crédits. Il n'en reste pas moins que sous Donald Trump, alors que le budget annuel de la Nasa passait de 19 à 25 milliards de dollars, la part consacrée à l'étude de la Terre et du climat s'est maintenue à 1,9 milliard, malgré les tentatives répétées de le faire descendre à 1,7 milliard.
Si les programmes engagés sous Obama ont pu se poursuivre, aucun nouveau lié aux questions climatiques n'a pu être engagé pendant quatre ans. Nul doute que des projets devraient faire leur apparition dans les lignes budgétaires pour l'année fiscale 2022.
La Lune restera la priorité
L'autre grand chantier laissé par Donald Trump est le retour à la Lune, qui a entraîné une refonte complète du programme d'exploration proposé par Barack Obama sur les cendres de celui de son prédécesseur, George W. Bush. Impossible à financer, le projet Constellation, présenté comme un "Apollo sous stéroïdes", avait été imaginé pour faire passer la pilule de l'arrêt des vols de navette. Le gouvernement Obama avait eu le mauvais rôle d'imposer un retour au réalisme budgétaire et de limiter les activités à des outils technologiques de base : une capsule interplanétaire et un lanceur géant.
Sous Donald Trump, l'équipe de Jim Bridenstine a mis sur pied le programme Artemis, en impliquant largement les partenaires des Etats-Unis, internationaux et commerciaux, et en insistant sur un concept d'exploration durable, étalé dans le temps pour tirer le meilleur parti des outils disponibles. Un sentiment d'urgence a été instillé par la Maison-Blanche, qui souhaitait voir des empreintes de bottes américaines à la surface de la Lune avant la fin d'un second mandat Trump en 2024.
Cette urgence qui était liée au calendrier de l'élection présidentielle n'a donc plus de raison d'être. Mais le programme Artemis sera de toute façon confirmé. En 2020, la Chine a testé avec succès sa future capsule lunaire. En décembre, elle devrait envoyer vers la Lune sa première mission de retour d'échantillons. En 2021, elle satellisera sa propre station spatiale modulaire. Le débarquement d'astronautes chinois sur le satellite de la Terre est envisageable au cours de la décennie.
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Qu'elle soit républicaine ou démocrate, la Maison-Blanche ne laissera donc pas la Chine prendre la tête du retour à la Lune. La doctrine de Space Dominance, qui existait bien avant que Donald Trump ne crée l'US Space Force, perdure à travers toutes les alternances politiques. L'arrivée de Joe Biden n'y changera rien.
