Aux Etats-Unis, le mois de mars est celui de la présentation par la Maison-Blanche d'une proposition de budget fédéral pour l'année fiscale, qui débutera le 1er octobre suivant. Pour l'agence spatiale américaine (Nasa) c'est aussi le moment où l'exécutif redonne un cap à sa politique, en renforçant le financement des projets qui lui tiennent à coeur - comme le retour à la Lune - et en demandant l'annulation de ceux qui lui déplaisent - comme certaines missions de veille sur le climat. Cette proposition est ballotée ensuite entre les commissions du Congrès, qui l'amendent largement.
Les ambitions de Donald Trump
Depuis le programme Apollo, deux tentatives de retour sur la Lune, proposées par les présidents George Bush père et fils en 1989 et en 2004, n'ont pas abouti. A son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump a remis le cap en direction de notre satellite naturel, et la Nasa a défini une feuille de route pour la mise en place d'une infrastructure durable, basée sur des technologiques développées par l'administration Obama, afin que ce retour soit synonyme d'installation durable contrairement aux six débarquements d'Apollo.
La nouvelle mission Artemis porte d'une part sur la capsule Orion, sorte de super Apollo, conçue pour des vols de plusieurs semaines loin de la Terre, avec quatre astronautes à son bord, et d'autre part sur le lanceur géant SLS, réutilisant certains acquis technologiques et industriels de la navette. Dans un premier temps, il s'agira de placer sur orbite, au voisinage de la Lune, une petite station spatiale, la Lunar Gateway ("portail lunaire"), à laquelle participeront les pays déjà associés à la Station spatiale internationale (Europe, Japon, Canada et Russie). Elle sera desservie par Orion, qui emportera des modules de descente pour se poser à la surface de la Lune. Le calendrier initial prévoyait un premier alunissage américain en 2028, avant que les Chinois ne le fassent.

Un retour de l'homme sur la lune est prévu dès 2024
© / NAsa
Mais, il y a un an, Donald Trump a accéléré le calendrier, exigeant que deux astronautes, un homme et une femme, alunissent dès 2024, avant la fin de son éventuel second mandat. Dans ces conditions, les détracteurs de la Lunar Gateway, qui n'y voient qu'une coûteuse et inutile étape susceptible de retarder l'alunissage, n'ont pas manqué de militer pour son annulation. Un projet de loi a même été déposé au Capitole pour demander à la Nasa de se concentrer sur le débarquement lunaire avant de se préparer à en faire autant sur Mars.
Vers une station spatiale entre la Terre et la Lune
Or la Lunar Gateway est justement un maillon essentiel de la préparation du voyage vers Mars et les autres planètes. Depuis vingt ans, la Station spatiale, située en orbite basse, a permis d'apprendre à travailler dans l'espace et à entretenir une infrastructure opérationnelle complexe dans un milieu hostile. Mais jusqu'à présent, tout cela n'a été expérimenté qu'à faible distance de la Terre (420 kilomètres d'altitude en moyenne), avec des ravitaillements réguliers et sous la protection de la magnétosphère terrestre, qui fait obstacle aux violents rayonnements venus du Soleil et du fond du cosmos.
Avant de s'aventurer durablement au-delà de cette magnétosphère, pour aller vers Mars ou les astéroïdes, il va falloir apprendre à vivre et à travailler dans ce milieu bien plus inhospitalier, malgré les radiations et la distance qui compliqueront tout. Ce sera l'un des objectifs cruciaux de la Lunar Gateway, dont l'équipage, en cas de problème, pourra revenir sur Terre en deux jours, contre deux heures pour la station actuelle. A titre de comparaison, l'équipage d'un vaisseau à destination de Mars, lui, aurait de la peine à revenir en moins de dix-huit mois après son départ. Autant dire que tout problème grave serait fatal.

La capsule Orion de la Nasa à l'eau, lors de tests de récupération antérieurs au lancement de ce vendredi.
© / Nasa / YouTube.com
Plus autonome et plus robuste que sa grande soeur, la Lunar Gateway ne sera donc pas une station comme les autres. Elle sera l'indispensable prototype des futurs vaisseaux d'exploration du Système solaire. Les Européens participeront à sa réalisation et à son exploitation en fournissant des modules essentiels ainsi, peut-être, que des modules ravitailleurs. Cette contribution augmentera notre chance d'être présents aussi lorsqu'il s'agira de partir encore plus loin et de prendre pied dans d'autres mondes.
Stéphane Barensky, rédacteur en chef du magazine Aerospatium.
