L'image était trop parfaite pour être exacte. Cette photo d'une victime ainsi découverte fin mai à Pompéi, lors de fouilles archéologiques dans la ville enfouie sous les centres du Vésuve depuis près de deux mille ans, a connu une célébrité inattendue. Cet habitant semble avoir été écrasé, lors de sa fuite durant l'éruption du célèbre volcan, par la chute brutale d'un rocher de 300 kilogrammes. Un destin qui a rapidement symbolisé une incroyable malchance, détournée à profusion sur les réseaux sociaux.
C'était d'ailleurs le premier scénario officiellement avancé - certes avec prudence - par le Parc archéologique de Pompéi : celui d'un "énorme bloc de pierre [...] projeté par le nuage volcanique", percutant notamment son thorax et sa tête, au point de la décapiter puisqu'elle s'avérait introuvable. L'homme sans doute trentenaire a subi a priori ce sort extrême "après avoir survécu à la toute première phase éruptive", car il a été trouvé au-dessus d'une couche de fragments de lave.

Crane retrouvé intact sur la victime que l'on jugeait la plus malchanceuse de Pompéi http://www.pompeiisites.org/Sezione.jsp?titolo=Head%20of%20the%20fugitive%20discovered&idSezione=7742
© / Parc archéologique de Pompéi
Sauf qu'en fait, l'hypothèse se révèle fausse : voici son crâne, intact et sans enfoncement, mis au jour par des fouilles complémentaires dans cette zone dite Regio V, dont le résultat a été présenté le 28 juin, un mois après la première annonce. "Sa mort n'a donc pas été provoquée par un écrasement, contrairement à ce que l'on pensait au départ", admettent les responsables du parc italien.

Crane retrouvé intact sur la victime que l'on jugeait la plus malchanceuse de Pompéi http://www.pompeiisites.org/Sezione.jsp?titolo=Head%20of%20the%20fugitive%20discovered&idSezione=7742
© / Parc archéologique de Pompéi
Les archéologues ont déplacé le rocher afin de creuser plus profondément à sa recherche. "Le haut de son corps a été retrouvé bien plus bas" que son torse et ses jambes... Surprenant, mais pas inexplicable : une raison de cette "anomalie stratigraphique" provient de la découverte, en même temps, d'un ancien tunnel de pilleurs creusé sous le squelette qui aurait provoqué cet affaissement de terrain !

Crane retrouvé intact sur la victime que l'on jugeait la plus malchanceuse de Pompéi http://www.pompeiisites.org/Sezione.jsp?titolo=Head%20of%20the%20fugitive%20discovered&idSezione=7742
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Le passage est daté approximativement à la dynastie des Bourbon, vraisemblablement au XVIIIe siècle de notre ère. Soit longtemps après la colère du volcan, le 24 août 79. Son effondrement ultérieur a entraîné vers le bas une partie des ossements, mais le rôle exact de la pierre massive dans cet affaissement reste à déterminer.

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La fuite de cet habitant inconnu, enfin, n'est pas remise en cause par ces nouvelles expertises, d'après les Italiens. "Le décès a probablement été provoqué par une asphyxie en raison de la nuée ardente", c'est-à-dire le nuage brûlant de cendres et de gaz toxiques recouvrant la célèbre ville antique, dans la deuxième phase de l'éruption, après avoir dévalé les pentes du volcan.

Crane retrouvé intact sur la victime que l'on jugeait la plus malchanceuse de Pompéi http://www.pompeiisites.org/Sezione.jsp?titolo=Head%20of%20the%20fugitive%20discovered&idSezione=7742
© / Parc archéologique de Pompéi
Quelques fractures ainsi qu'une lésion infectieuse au tibia doivent encore être analysées, afin de retracer avec davantage de précision les derniers instants de la vie de cet homme. Une victime pas plus malchanceuse, finalement, que les 1500 autres déjà exhumées à Pompéi.
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