Déterminer si une personne rêve, et potentiellement connaître le contenu de ce rêve, en analysant son cerveau pendant son sommeil. Voilà ce qu'a réussi à faire une équipe composée de chercheurs de l'université de Wisconsin-Madison aux Etats-Unis, des universités de Lausanne et de Genève ainsi que de l'IMT School Advanced Studies de Lucca en Italie. Cette étude, publiée le 10 avril dans la revue Nature Neuroscience, constitue une réelle avancée en neurosciences.
Le moment du rêve était jusqu'à maintenant associé au sommeil paradoxal, appelé aussi sommeil REM, pour rapid eye mouvement. Ce stade du sommeil correspond à une activité cérébrale intense et des mouvements oculaires rapides. Mais "des études ultérieures ont montré que jusqu'à 70% des personnes réveillées lors d'un sommeil non-paradoxal rapportaient des rêves," explique l'équipe de chercheurs. Elle s'est donc penchée sur ce phénomène.
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Des variations dans une zone du cerveau
Les chercheurs ont étudié le sommeil de 39 volontaires. Ils leur ont placé des casques d'électroencéphalographie (EEG) et ont mesuré leur activité électrique cérébrale pendant la nuit. Les sujets étudiés étaient réveillés à plusieurs reprises chaque nuit pour leur demander s'ils rêvaient ou non.
En analysant les données obtenues, les spécialistes du sommeil ont mis en évidence une zone à l'arrière du cerveau, dans la région pariéto-occipitale, où les variations d'ondes basse fréquence (1-4Hz) enregistrées étaient liées à la présence ou non de rêve. Chez le sujet endormi et en période de rêve, les ondes diminuaient. En l'absence de rêve, elles augmentaient. Et ce, indépendamment de la phase de sommeil dans laquelle il se trouvait.
Ainsi, il était donc possible, simplement en étudiant l'activité cérébrale, de déterminer si le volontaire rêvait ou non. Les chercheurs ont tout de suite voulu vérifier cette découverte et l'ont testée sur un nombre plus réduit de volontaires. "Nous avons pu prédire si quelqu'un rêve ou pas avec une haute précision (~ 90%), en surveillant l'activité de la zone corticale postérieure", a assuré à Sciences et Avenir le docteur Lampros Perogamvros, chef de clinique aux Hôpitaux universitaires de Genève, chercheur et premier co-auteur de l'étude.
Les mêmes régions du cerveau actives pendant l'éveil et le rêve
Forte de cette avancée, l'équipe de scientifiques a ensuite voulu étudier s'il était possible de connaître le contenu de ces rêves. Ils ont alors analysé les signaux cérébraux émis par 7 volontaires qui dormaient et rêvaient dans leur laboratoire. Conclusion: les chercheurs ont démontré que l'activité cérébrale de haute fréquence (25-50Hz) était directement corrélée avec le contenu des rêves.
Suivant le type de rêve, les ondes haute fréquence étaient activées dans une région ou une autre du cerveau. Si le sujet rêvait d'un visage par exemple, c'est dans la région fusiforme du cerveau -connue pour être responsable de la perception des visages lorsque nous ne dormons pas- que ces ondes étaient observées. Les régions spécifiques actives durant le rêve sont donc les mêmes que pendant l'éveil.
Cette compréhension accrue des rêves est très prometteuse en neurosciences. "La connaissance fondamentale des mécanismes du rêve pourrait nous aider à mieux comprendre les mécanismes et les bases neuronales de la conscience et éventuellement comprendre la fonction des rêves, s'il y en a une", a conclu le docteur Perogamvros.
