C'est un savant mélange d'avion et de fusée. Présenté en grande pompe à la fin de mars, le VSS Imagine permettra peut-être au milliardaire britannique Richard Branson de réussir son pari: hisser dès 2022 un nombre de happy few aux frontières de l'espace, à 100 kilomètres d'altitude, pour leur offrir des instants en apesanteur et un panorama à couper le souffle. En effet, 600 volontaires aux poches bien remplies - un billet coûte 200 000 dollars - ont déjà signé pour tenter l'aventure. Leur voyage promet des sensations fortes. "L'avion de Virgin Galactic décollera d'abord sous l'aile d'un gros-porteur. Une fois arrivé à 13 000 mètres d'altitude, il sera largué, allumera son moteur-fusée et grimpera à une vitesse de Mach 4 à la verticale pendant plusieurs minutes. Les passagers encaisseront sans doute quelques G à l'aller et au retour", explique Jean-Luc Wibaux, agent du tourisme spatial.
Bezos, paré au décollage avec son New Shapard
Mais ce n'est là qu'une façon parmi d'autres de monter vers les étoiles. Dans le monde, une quinzaine de sociétés cherchent à démocratiser l'accès à l'espace. "Chacune développe ses propres solutions. Il n'y en a pas une pareille", constate Christophe Bonnal, expert à la direction des lanceurs du CNES. Sous la houlette de Jeff Bezos, l'ancien patron d'Amazon, Blue Origin peaufine son New Shepard, un lanceur de petite taille réutilisable. Après plusieurs vols réussis à vide, l'appareil pourrait embarquer des humains dès cette année. "Ici, le voyage promet d'être plus calme : vous êtes assis dans un fauteuil en cuir, tout est automatique. C'est comme un ascenseur avec d'énormes hublots", caricature Christophe Bonnal. D'autres sociétés optent pour une approche encore plus douce et économe. Le français Zéphalto, par exemple, travaille sur un ballon capable d'acheminer six personnes à 25 kilomètres d'altitude dès 2024. Le prix du billet reste élevé (plus de 100 000 euros). "L'ascension se fait dans le silence, sans émission carbone ni accélération brutale", promet Vincent Farret d'Astiès, président de la société, qui imagine déjà des vols de vingt-quatre heures permettant d'observer un lever et un coucher de soleil avec des dîners trois étoiles en cabine pressurisée.
Bientôt de nouveaux touristes à bord de la station spatiale internationale
"Sur la période 2020-2030, le tourisme spatial pourrait générer 8 milliards de dollars de revenus", estime Dallas Kasaboski, analyste principal chez Northern Sky Research (NSR). Qui prendra la plus grosse part du gâteau ? Pour l'heure, le tourisme orbital, qui a emmené au compte-gouttes des touristes vers la station spatiale internationale (ISS), garde l'avantage. SpaceX a procédé à deux reprises à des vols de ce type, prouvant que la technologie fonctionne. Blue Origin est également sur les rangs avec New Glenn, son futur lanceur . Et, à l'image de l'américain Axiom, certaines sociétés préparent déjà des modules destinés à accueillir les touristes. Ils se fixeront sur l'ISS ou la station chinoise avant de constituer un jour de véritables hôtels flottants.
Le tourisme suborbital visé par Richard Branson offre tout de même les meilleures perspectives. "Déjà 250 000 personnes peuvent s'offrir un billet", selon NSR. Le problème ? Personne ne sait quand ils pourront décoller. "Il y a un décalage important entre les discours marketing et la réalité technologique", confirme Jean-Luc Wibaux. Pour l'heure,Virgin Galactic peine à dépasser les 80 kilomètres d'altitude et n'a toujours pas résolu les problèmes de vibration inhérents à sa propulsion hybride. Compte tenu de son dernier vol effectué le 14 avril, Blue Origin semble plus avancé. "Mais, de manière générale, nous n'avons pas les documents techniques prouvant que tout est OK", prévient Christophe Bonnal. "Le tourisme spatial reste un pari, analyse Maxime Puteaux, consultant chez Euroconsult. A la différence de l'aviation, il ne répond pas à un besoin économique existant."
"Même si voir lacourbure de l'espace remue l'âme et peut créer un sentiment positif et protecteur pour la planète, on peut se demander s'il est nécessaire de dépenser autant d'énergie pour cela, d'autant que le tourisme spatial de masse pourrait générer de la pollution", observe Yaël Nazé, astrophysicienne de l'université de Liège. Les opérateurs de l'espace, eux, préfèrent voir le verre à moitié plein et croire en leur bonne étoile.
