Un cheval est mort lundi 27 juillet "empoisonné" après s'être enlisé dans une zone mouvante proche de la plage de Saint-Michel-en-Grève, près de Lannion (Côtes d'Armor), fortement touchée par les algues vertes.

Son cavalier qui se trouvait à côté de lui a été sauvé de justesse après avoir perdu connaissance, selon l'avocat de ce dernier M Vincent Le Luyer. Vincent Petit, vétérinaire de formation, s'est enlisé lui aussi avant de s'évanouir. Il n'a eu la vie sauve que grâce à la présence sur les lieux d'un tractopelle chargé de ramasser les algues vertes, dont le conducteur avait assisté à la scène et a pu l'extraire de la vase.

"Zone mouvante"

Selon la préfecture, le cavalier de 27 ans et sa monture se sont simplement "envasés dans une zone mouvante". De leur côté, les gendarmes ont imputé la mort du cheval à un étouffement provoqué par la vase. Mais au vu des symptômes du vétérinaire et de son cheval, le médecin de Lannion qui a soigné Vincent Petit et les associations de protection de l'environnement ont mis en cause le dégagement d'hydrogène sulfuré que peuvent produire des accumulations d'algues vertes en décomposition.

Pour le docteur Pierre Philippe, c'est l'hypothèse la plus probable pour expliquer une double malaise "fulgurant", puisque que le cheval et "mort en une minute. "L'hydrogène sulfuré, un poison brutal, bien connu au niveau professionnel, est à l'origine d'accident dans des fosses à vidange ou à lisier", a-t-il rappelé. Habituellement, ces accidents surviennent dans des lieux confinés, alors que là, il s'agit d'"un lieu extérieur, non confiné. Ca veut dire qu'il y avait des concentrations extrêmes" pour entraîner ces intoxications en milieu ouvert, estime le Dr Philippe.

Les premiers résultats de l'autopsie pratiquée sur le cheval à l'initiative de son propriétaire confirment qu'il est mort d'un "oedème pulmonaire", et qu'il n'avait pas d'eau ni de vase dans les poumons, a indiqué Me Le Luyer. "Les poumons étaient gorgés de sang et le tableau clinique présente tous les signes d'un empoisonnement", a-t-il précisé. Les analyses toxicologiques en cours devraient apporter des précisions sur la nature de la substance à l'origine du décès de l'animal.

"Coma brutal"

Le phénomène des "algues vertes", constaté notamment en Bretagne, est lié au rejet de nitrates dans l'eau par l'agriculture intensive. Il a été accusé régulièrement de présenter des risques pour la santé, sans qu'aucune preuve n'ait encore été apportée.

Habitant la région depuis de longues années, le Dr Philippe affirme avoir été témoin de cas de même nature dans le passé: un employé d'une société de ramassage d'algues vertes il y a 10 ans, "tombé dans un coma brutal", et la mort de deux chiens l'an dernier sur une plage en baie de Saint-Brieuc. Le Dr Philippe rappelle aussi qu'en 1989, le corps d'un joggeur de 27 ans avait été retrouvé à l'endroit exact où le cavalier a failli mourir. Il va, de son côté, déposer une plainte dans les prochains jours pour faire toute la lumière sur cette affaire, a indiqué son avocat.