L'oiseau emblème de la paix militarisé, tout un symbole... La Chine aurait recours, via 30 agences gouvernementales et militaires, à de nouveaux drones autonomes volant en battant des ailes comme l'oiseau blanc, assure le quotidien South China Morning Post (SCMP) basé à Hong-Kong. Les petits engins de 220 grammes et 50 centimètres d'envergure sont directement issus du travail de Song Bifeng, un enseignant-chercheur de la Northwestern Polytechnical University de Xian.

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© / Northwestern Polytechnical University
Ce scientifique, qui travaillait auparavant pour la recherche militaire sur la conception de l'avion de chasse furtif J-20, a mis au point avec deux confrères cet appareil, détaillé dans une étude publiée par l'International Journal of Micro Air Vehicles en 2017. Avec une portée de 4 kilomètres, la colombe robotisée possède une autonomie de trente minutes. Sa charge utile ? Une caméra qui filme à la verticale tout ce qu'elle survole et transmet les images en direct. Les scientifiques publient d'ailleurs plusieurs captures extraites de leurs tests.

Northwestern Polytechnical University
© / Northwestern Polytechnical University
La difficulté technique réside notamment dans l'utilisation d'ailes souples, mises au point après plusieurs prototypes, composées d'une fine structure en fibres de carbone tendant un film plastique. Cette voilure dynamique s'associe à un mécanisme qui transforme la rotation d'un moteur en agitation des ailes, par biomimétisme. Intérêt : une discrétion à toute épreuve ! Dans un test, les chercheurs ont survolé des troupeaux de moutons sans que ceux-ci ne s'en inquiètent, soulignant son fonctionnement silencieux. Ce drôle de drone évolue à une vitesse de pointe d'environ 43 kilomètres par heure, selon les auteurs qui ne cachent pas son "application concrète à des fins de surveillance".

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© / Northwestern Polytechnical University
Le journal SCMP s'inquiète de voir ce programme militarisé, sous le nom de code "Colombe", et être employé pour espionner "au moins cinq provinces ces dernières années". En particulier dans le Xinjian, la région autonome de l'ouest où vivent plusieurs ethnies de confession musulmane (dont les Ouïghours), objets d'une répression sécuritaire de la part de Pékin.
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Techniquement, l'armée pourrait y voir d'autres usages : ce drone imitant la nature, qui échappe facilement à l'oeil humain, pourrait aussi éviter la détection radar. Seule vraie faiblesse, la colombe artificielle résiste mal au vent ou à la pluie en l'état, reconnaissent ses créateurs.
Ces technologies de vol robotisé ne sont pas nouvelles et plusieurs chercheurs dans le monde se penchent actuellement dessus. Néanmoins jusque-là, un usage strictement militaire reste rare. Certains ingénieurs modélisent le comportement des oiseaux dans leurs moindres détails à l'instar de la queue qui s'oriente pour aider l'engin à manoeuvrer, comme la gouverne d'un avion (voir ci-dessus).
D'autres poussent la ressemblance jusqu'au maquillage. Par exemple ce faux-faucon néerlandais, baptisé Robird par l'entreprise Clear Flight Solutions, peut servir d'épouvantail volant près des aéroports ou des champs agricoles.
Certains modèles de vols, plus complexes et difficiles à maîtriser, sont également explorés, comme le montre cette libellule aux deux paires d'ailes oscillantes, conçue par la société allemande Festo.
Ou encore, l'exemple plus poétique du papillon. Non commercialisés, ces derniers aboutissements de la recherche ne laissent cependant pas vraiment entrevoir, cette fois, d'exploitation militaire.
