Fin juillet, un vraquier, transportant 3800 tonnes de fioul et 200 tonnes de diesel, a heurté un récif à Pointe d'Esny. Les autorités locales et la population se mobilisent sur place, et la France a envoyé des renforts pour permettre le renflouage du bateau. La connaissance du carburant en cause permet de savoir comment endiguer la pollution en cours.

L'Express. La coque du navire japonais Wakashio continue apparemment de se fissurer. Les mesures déployées sur place sont-elles suffisantes pour éviter le pire ?

A.G. Si la coque cède, on ne pourra vraisemblablement pas récupérer immédiatement tout le carburant qui restait à l'intérieur du navire. Le véritable enjeu pour le moment, c'est donc de monter en puissance, d'avoir plus de matériel et d'intervenants pour pomper et endiguer la pollution présente à la surface. Cela dit, la qualité du fioul utilisé par le navire échoué pourrait jouer en faveur des Mauriciens. Il s'agit en effet d'un carburant désoufré. Ce type de produit, imposé depuis peu par l'Organisation maritime internationale pour réduire les émissions atmosphériques des navires, est généralement plus léger et donc plus propice au pompage. Par opposition, le fioul de propulsion que l'on a connu sur l'Erika ou le Prestige a tendance à devenir trop visqueux lorsqu'il se retrouve en dehors du navire. La température de l'eau pourrait aussi s'avérer importante : sur l'île Maurice, elle est relativement élevée. La récupération des hydrocarbures sera donc a priori plus facile que si l'incident s'était déroulé en mer Baltique. Avec toute la prudence qui s'impose à ce stade, nous pensons que l'essentiel du carburant issu de la fuite devrait rester flottant pendant plusieurs jours et donc faciliter sa récupération. C'est une bonne nouvelle d'un point de vue environnemental car une fois que le carburant pénètre dans la colonne d'eau, on ne sait pas le récupérer.

Dans quelle mesure les mauvaises conditions météo ralentissent-elles les opérations ?

A.G. On ne se rend pas forcément compte, mais dès qu'il y a de la houle, le navire échoué bouge. Il est difficile de stabiliser un système de pompage dans ces conditions. Si le tuyau qui relie la cuve du navire à la pompe glisse, le produit aspiré à l'intérieur ne rentre pas correctement. Or une pompe a besoin d'être gavée en permanence pour bien fonctionner. Le fonctionnement de ce genre d'appareil n'est pas le seul problème. A l'extérieur, l'agitation de la mer, met la solidité des barrages flottants à l'épreuve. Le courant peut également créer des syphons et dans ce cas, le pétrole passe en dessous des barrières. Heureusement, dans un lagon, les conditions sont normalement plus propices. Cependant, cela crée aussi une difficulté supplémentaire : la hauteur d'eau à certains endroits, est trop faible. On ne peut donc pas y envoyer de bateau de pompage. En fait, comme côté lagon il n'y a pas assez de profondeur et que, côté large, la mer est agitée et qu'on ne peut prendre le risque de heurter la barrière de corail avec un deuxième navire, ce qui est pompé dans le Wakashio est stocké dans des petits réservoirs. Ces cuves sont ensuite évacuées par hélicoptère.

Doit-on s'attendre à de lourdes séquelles sur l'environnement ?

Il est vrai que certaines molécules d'hydrocarbures sont solubles dans l'eau. Et que cela peut avoir des conséquences dramatiques pour les baignades ou la pêche. Cependant, nous n'avons pas encore toutes les informations nécessaires pour évaluer la situation sur place. Comme je l'ai déjà indiqué, le dispositif de lutte contre la marée noire doit encore monter en puissance, même si le nettoyage du littoral a déjà commencé, grâce au savoir faire de deux sociétés - dont une française - mobilisées par l'assureur du navire.

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