Les nouveaux outils d'édition du génome sont-ils des "armes de destruction massive"? Il y a un an, le renseignement américain, qui visait particulièrement la technique révolutionnaire CRISPR-Cas9, répondait par l'affirmative.

Développée en 2012 par une chercheuse française, la technologie CRISPR-Cas9 -sorte de ciseaux génétiques qui permettent de modifier facilement l'ADN-, a permis à l'ingénierie du génome d'exploser. Elle ouvre des perspectives pour traiter, voire guérir certaines maladies, mais elle fait aussi craindre de possible mutations génétique non voulues, voire transmissibles, qui pourraient modifier le cours de l'évolution humaine.

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En France, le Conseil national pour la biosécurité (CNCB), s'est penché sur la question. Son rapport "secret défense" -l'intégralité restera classifié mais les conclusions et recommandations ont été rendues publiques mardi 7 février- est plus mesuré, rapporte Le Monde.

"Crispr-Cas9 n'est rien d'autre qu'une amélioration de techniques disponibles depuis des décennies (...) Cela n'accroît pas le risque concernant les micro-organismes pathogènes virus ou bactéries", explique au Monde le microbiologiste Antoine Danchin, du CNCB.

La Chine et la Russie "hors contrôle"

Selon le rapport, le vrai danger vient plutôt des progrès de la biologie de synthèse, qui permet notamment de reconstituer des génomes. Ce qui "pose la question de la possibilité de recréer (...) des virus", poursuit Antoine Danchin, auprès du Monde. Le risque est donc réel pour la sécurité sanitaire des populations.

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Face à ce risque potentiel 42 États se sont associés pour contrôler l'exportation d'équipements biologiques sensibles. Les synthétiseurs de gènes devraient prochainement en faire partie, rapporte Le Monde, même si ni la Russie ni la Chine n'y participent.

Et si Kim Jong-un, dictateur coréen, créait un super HIV?

Un consortium, l'International Gene Synthesis Consortium (IGSC), a également été créé pour tenter de contrôler les sociétés offrant des services de synthèse de gènes et vérifier que les commandes ne comportent pas d'éléments permettant de reconstituer des éléments pathogènes. IGSC contrôle 80% des sociétés de ce type... Les 20% étant potentiellement ouvertes à des détournements.

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Surtout que les embargos ne fonctionnent pas, estiment certains spécialistes, dont Philippe Marlière, également interrogé par Le Monde. Car la fabrication de segments d'ADN peut s'effectuer sans synthétiseurs. "Kim Jong-un pourrait ordonner à une armée souterraine de laborantins la synthèse du virus HIV [du sida]", assure ce spécialiste de biologie de synthèse. Et des État voyous, belliqueux, voire des organisations terroristes, pourraient également s'en servir comme de véritables armes bactériologiques.