D'abord, revêtir un corset de 25 kilos. Puis un short, lui aussi lesté - 10 kilos sur chaque jambe. Et, enfin, une très volumineuse combinaison de mousse. Avec cette nouvelle corpulence, enfiler la veste qui complète la panoplie s'avère difficile. Le pantalon, taille XXL, encore plus compliqué. Et lacer ses chaussures tient de l'impossible. Nous voilà dans la peau d'une personne obèse. Littéralement.

Lutter contre la "grossophobie"

Depuis le début de l'année, le centre de formation par simulation de la faculté de médecine de Lille organise des sessions destinées à lutter contre les discriminations liées au surpoids. Car la "grossophobie" reste une réalité - y compris dans le milieu médical."Quand un patient non voyant arrive à l'hôpital, il trouve tout de suite quelqu'un pour le guider. Les obèses sévères, eux, reçoivent moins d'égards, alors que leur poids représente un vrai handicap...", reconnaît le Pr François Pattou, chef du service de chirurgie générale et endocrinienne du CHRU de Lille et spécialiste de la prise en charge de l'obésité, à l'initiative de ce programme.

Une fois la panoplie revêtue, cette infirmière se met à la place d'une patiente, dans une des salles du centre de formation par simulation de la faculté de médecine de Lille.

Une fois la panoplie revêtue, cette infirmière se met à la place d'une patiente, dans une des salles du centre de formation par simulation de la faculté de médecine de Lille.

© / Olivier Touron / Divergence
 pour L'Express

Une expérience édifiante

Une fois équipé, l'heure est à la mise en situation. S'asseoir sur une chaise soudain bien trop étroite, s'installer sur une table d'examen beaucoup trop haute, courir derrière un infirmier trop pressé : au début, cela n'a l'air de rien. Mais, assez vite, la fatigue et l'essoufflement s'installent, les articulations semblent rouillées. Chaque mouvement pèse, tout se déroule au ralenti. Une expérience édifiante, y compris pour les personnels spécialisés dans l'accompagnement des patients obèses : "Même si nous avions l'impression de bien faire, cela nous pousse à adapter nos pratiques, à être plus compréhensifs", témoigne Alex, un des premiers aides-soignants à avoir testé cette formation. Celle-ci devrait bientôt être étendue à tout l'hôpital, voire, à terme, au grand public. Pour que le regard sur l'obésité change enfin.

:	Prise en charge de l'obésité en milieu hospitalier
Légende : 	29 mai 2018. Lille. CHRU. Pôle recherche Presage. Formation par l'équipe CAE de l'unité Proye Lagache pour le personnel hospitalier pour la prise en charge de patients obèses. // © Olivier Touron / Divergence
 pour L'Express

La formation permet aussi au reste de l'équipe d'apprendre les bonnes techniques pour manipuler une personne en surpoids. Olivier Touron / Divergence? pour L'Express

© / Olivier Touron / Divergence
 pour L'Express

>> Retrouvez les autres volets de notre dossier sur la prise en charge de l'obésité :

> Obésité, les limites du bistouri

> Les alternatives à la chirurgie

> Où se faire opérer, la sélection de L'Express