Les bonnes nouvelles sont rares sur le front du covid. Et l'étude menée au CHU de Strasbourg sur notre immunité, qui vient d'être publiée sur le site MedRxiv, en est une.

Plusieurs travaux avaient déjà montré que les personnes ayant contracté le Covid produisaient des anticorps "anti-S", capables de reconnaître spécifiquement la protéine S du coronavirus, empêchant alors celui-ci de s'attaquer à nos cellules. L'équipe de chercheurs de Strasbourg, qui a suivi un groupe important de personnel soignant dans la durée, montre que cette protection peut durer treize mois. "Nous n'avons pas les données pour aller au-delà, indique Samira Fafi-Kremer, chef de service au Laboratoire de Virologie Médicale des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (en effet, la première vague de l'épidémie s'est produite au printemps 2020, NDLR). Mais nous sommes presque sûrs que la production d'anticorps peut durer beaucoup plus longtemps encore". Tout d'abord, cela correspondrait à ce que l'on voit sur d'autres types d'infections. Par ailleurs, une autre étude a montré la présence durable (12 mois) de cellules mémoires, qui permettent à notre corps de se souvenir des attaques virales passées.

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Une stabilisation des anticorps après sept mois

"Au bout de sept mois, il y a bien une baisse sensible du nombre d'anticorps, mais ensuite, le niveau se stabilise", précise la scientifique. Nous ne nous retrouvons donc pas sans protection. Au contraire, d'après les tests menés par l'équipe de chercheurs de Strasbourg, nos anticorps nous défendent efficacement contre la souche sauvage du virus (celle qui circule depuis le début), ainsi que contre le variant anglais, le plus présent actuellement en France. Certes, ce type de défense ne suffit pas face au variant sud-africain. Mais ce n'est pas très grave car les vaccins, eux, le sont. "Quand vous vous faites vacciner, vous vous retrouvez avec un niveau d'anticorps supérieur à celui que vous aviez durant l'infection. Cela permet de neutraliser les différents variants, y compris le sud africain", indique Samira Fafi-Kremer.

"Nous n'avons peut-être pas besoin d'attendre que les vaccins soient éventuellement modifiés pour tenir compte des variants les plus problématiques, se réjouit la scientifique. Nos anticorps 'maturent' à l'intérieur de notre corps. Il y a une sélection qui fait que seuls les plus efficaces restent. Et la vaccination, en quelque sorte, accélère cette maturation".

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Pour vérifier la qualité de notre immunité, les chercheurs du CHU de Strasbourg ont travaillé avec l'Institut Pasteur. "Grace à leurs équipements, nous avons pu mettre en contact le sérum de différents patients avec des virus vivants et voir si ces derniers étaient capables d'infecter une cellule, en présence d'anticorps ou pas. Au final, et c'est ce qui est très intéressant, nous voyons qu'il n'y a pas de différence entre les différents vaccins. Qu'il s'agisse de Moderna, Pfizer ou AstraZeneca, le niveau d'anticorps induit chez les patients est le même. En tout cas, chez les personnes suivies dans l'étude, dont l'âge était compris entre 40 et 60 ans", précise Samira Fafi-Kremer.

Très peu de réinfections

Le variant indien peut-il remettre en cause ces travaux ? "Je ne le pense pas, estime la virologue. Si on en croit des travaux récents, ce variant possède deux mutations. Prises séparément, celles-ci confèrent une résistance au vaccin (moindre que celle du variant sud-africain). Mais quand les deux mutations coexistent, cela augmente sa sensibilité aux anticorps. Pour le virus, c'est donc délétère d'avoir les deux mutations, même s'il se transmet plus facilement. En fait, le variant indien n'est pas inquiétant du point de vue de la résistance aux vaccins. Si on arrive à contrer le sud-africain, on pourra sans doute faire de même avec l'indien".

L'autre bonne nouvelle, qui découle de tous ces travaux, c'est qu'il y aura sans doute très peu de réinfections. La crainte de pouvoir attraper le Covid deux fois s'était propagée avec la découverte des premiers cas. "Mais chez ces personnes, il y avait sans doute un terrain particulier qui faisait que la production d'anticorps n'était pas bonne. Il ne faut pas oublier que certaines personnes ont une réponse immunitaire spécifique", observe Samira Fafi-Kremer. Dans la majorité des cas heureusement, la production naturelle d'anticorps, surtout si elle est dopée par le vaccin, suffira amplement.