Ils ne s'attendaient pas à une telle hécatombe. Et pourtant, les chercheurs du Smithsonian Environmental Research Center, de l'Université d'Oxford et de l'Institut national de recherche pour le développement durable (IRD) sont formels : la mortalité des arbres dans plusieurs forêts tropicales humides d'Australie a doublé au cours des dernières décennies. Leurs travaux réalisés à partir du suivi de plus de 8300 arbres sur 24 sites et près d'un demi-siècle, viennent d'être publiés dans la revue Nature. Et ils pourraient avoir de lourdes conséquences sur notre futur.

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Plusieurs études nous avaient déjà alertés sur l'état préoccupant de certaines forêts tropicales, qui constituent le poumon vert de la planète. Celle-ci se veut plus précise grâce à la modélisation et aux bases de données australiennes courant sur près de 50 ans. "Lorsqu'on compare les années 70 et 80 avec les trois dernières décennies, on se rend compte que le taux annuel de mortalité des arbres a doublé, passant de 1 à 2 %. Cela peut paraître faible en valeur absolue, mais ce phénomène concerne de grandes étendues. Il s'agit par ailleurs d'une tendance lourde qui conduit potentiellement à une diminution de moitié de l'espérance de vie des arbres et donc du temps de stockage du carbone dans les troncs. C'est un résultat très important qui a de très sérieuses implications lorsqu'on réfléchit au rôle des forêts dans l'atténuation du changement climatique", confie David Bauman, biologiste et écologue des forêts, l'un des principaux auteurs de l'étude.

"Le changement climatique est impliqué"

D'autres travaux seront nécessaires pour affirmer que ce qui se passe en Australie est très certainement en train d'arriver ailleurs. Cependant, les conditions climatiques moyennes des forêts australiennes semblent assez représentatives d'une grande proportion des forêts tropicales humides situées dans d'autres régions de la planète. Par ailleurs, la hausse de la mortalité mesurée là-bas suit d'assez près l'augmentation des températures. Celle-ci génère un stress important en obligeant les végétaux à transpirer. "Ce mécanisme joue sans doute pour une bonne partie de cette augmentation de la mortalité. Bien sûr, il est possible que d'autres phénomènes entrent en jeu. Mais le résultat global semble clair : le changement climatique est impliqué" explique David Bauman.

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Si cette théorie se confirme, les forêts tropicales humides pourraient bientôt devenir des sources de carbone. "Cela voudrait dire que les prévisions de température future pourraient être sous-estimées par les modèles actuels. Le défi de limiter le réchauffement bien en-dessous de 2 degrés deviendrait plus urgent et difficile, donnant encore plus de poids aux messages d'alertes contenus dans le dernier rapport du GIEC", poursuit l'expert.

Faut-il alors reboiser massivement ? Attention aux idées reçues. "Planter des arbres prend énormément de temps et requiert beaucoup d'argent et d'énergie pour un taux d'échec élevé. Dans certaines régions, cela doit faire partie du panel des outils utilisés pour atténuer le changement climatique. Mais étant donné l'urgence de la situation, mieux vaut axer nos efforts sur la préservation des forêts existantes et, bien entendu, sur la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, indique David Bauman.

D'autant que d'autres clignotants virent au rouge. Ce mercredi 18 mai, l'ONU a indiqué que quatre marqueurs clés du changement climatique ont battu de nouveaux records en 2021 : les concentrations de gaz à effet de serre, l'élévation du niveau de la mer, la température et l'acidification des océans. Ce rapport est "une litanie lamentable de l'échec de l'humanité à lutter contre le dérèglement climatique", a dénoncé le chef des Nations unies, Antonio Guterres.