Dans neuf mois, il débutera sa "saison 2" dans la Station Spatiale Internationale (ISS). L'astronaute français et star de l'espace Thomas Pesquet est actuellement en pleins préparatifs pour sa nouvelle aventure sur l'ISS, et "très enthousiaste" à l'idée de décoller cette fois avec un vaisseau américain.

"Le premier vol de test est encore en l'air en ce moment, les gars sont attachés à la Station spatiale et vont redescendre prochainement. Ensuite, ce sera notre tour, aux alentours de mars de l'année prochaine", indique-t-il dans une interview à France Télévisions, qui devait être diffusée en intégralité dans le journal de 20 heures de France 2 ce mardi soir.

Pour cette nouvelle mission, baptisée Alpha, l'astronaute s'envolera pour une durée de six mois. À la fin du mois de mars 2021, il décollera depuis Cap Canaveral, en Floride, avec trois autres membres d'équipage. Et pour cette aventure, il embarquera à bord de la nouvelle capsule Crew Dragon de Space X.

Nouvelle capsule

"J'aurai la chance d'être le premier Européen à voler sur ce véhicule. C'est nouveau, c'est moderne", confie l'astronaute de l'Agence spatiale européenne (ESA) à l'AFP, depuis le Centre européen des astronautes à Cologne, où il s'entraîne. "C'est à l'américaine ! On peut étendre ses jambes, ça n'était pas le cas dans le Soyouz", témoigne-t-il auprès de France Télévisions. "Je pense qu'il y a aussi une attention qui a été portée à l'aspect visuel, qui n'existe pas du tout dans le Soyouz (...), on sait que c'était une consigne chez SpaceX : il faut, dans la mesure du possible, que ça soit un peu joli."

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Il y a trois ans, pour sa première mission "Proxima", le benjamin du corps européen des astronautes s'était envolé pour l'ISS avec une fusée russe Soyouz, depuis le cosmodrome Baïkonour, comme tous les pensionnaires de la Station depuis 2011. Un monopole russe auquel a mis fin le premier vol habité de la capsule privée de Space X, lancé en mai vers l'ISS avec deux astronautes de la Nasa. "On va réutiliser la même capsule que celle qui est actuellement à bord de la Station, c'est inédit ! C'est marrant de partir dans l'espace avec le même véhicule mais pas en même temps", se réjouit l'astronaute.

Dans l'usine de la société d'Elon Musk en Californie, il a déjà pu tester les simulateurs de Crew Dragon dans un cockpit futuriste, avec ses 100% de tablettes tactiles. "Il faut bouleverser ses habitudes... mais on est là pour s'adapter !" commente l'ingénieur et pilote de ligne. Chez Space X, "tout est au même endroit, le centre de contrôle, les personnes qui construisent la fusée.... On a immédiatement réponse aux questions", apprécie-t-il.

Programme de vol "plus incertain"

Contrairement à Soyouz, un système "ancien mais fiable, qui tirait comme une horloge", cette nouvelle technologie en phase de développement implique un programme de vol "plus incertain", qui "nous a obligés à accélérer le reste de l'entraînement, calé sur un an au lieu de deux et demie". La crise du Covid-19 a aussi chamboulé le calendrier, et les déplacements sont réduits - son entraînement au Japon n'aura lieu qu'en virtuel.

À bord du "Dragon", l'astronaute de 42 ans volera avec ses homologues américains Shane Kimbrough et Megan McArthur, ainsi que le Japonais Haki Kohoshide. Tous vétérans, comme lui. Sur l'ISS, ils rejoindront des Russes. "Je vais me retrouver avec trois ou quatre personnes avec qui j'ai déjà volé... C'est un peu la saison 2, avec les mêmes personnages".

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"Mais, comme dans une série sur Netflix, il faut raconter une autre histoire". Or l'ISS, qui va célébrer 20 ans de présence humaine dans l'espace, peut "manquer de nouveauté", concède-t-il. "On est un peu victimes de notre succès, le fait d'avoir réussi ce programme de manière sûre, avec des résultats scientifiques sur le long terme... Il n'y a plus vraiment de suspens, et dans un environnement où on a l'habitude de zapper, très rapidement on n'est plus sur le devant de la scène".

Qu'importe, car "on est là pour faire de la science", rappelle-t-il, et l'ISS "a encore de l'avenir". "On n'a clairement pas fait le tour de la recherche. C'est d'abord une étape nécessaire pour préparer des missions futures vers Mars ou la Lune", pour laquelle il est candidat - "comme tous (ses) collègues".

Étude du vieillissement du cerveau

"Et puis l'ISS, c'est un laboratoire donnant accès à des phénomènes scientifiques inaccessibles sur Terre à cause de la gravité", fait valoir Thomas Pesquet, qui embarquera en orbite des cellules souches de cerveau, pour étudier leur vieillissement accéléré dans l'espace.

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S'il a le temps après ses longues journées de travail, il souhaite continuer "à parler d'environnement" au public, comme il l'avait fait durant son premier séjour en partageant ses photos de la Terre vue de là-haut, via les réseaux sociaux. "Mais je ne vais pas ouvrir de compte Tik Tok !", certifie-t-il.

Pourquoi "Alpha" ? Le nom, sélectionné lors d'un concours, se réfère à Alpha du Centaure, le système stellaire le plus proche de la Terre, dans le prolongement de "Proxima", l'étoile de la même constellation. "Là où se trouvent les premières exoplanètes, celles qu'on ira chercher le jour où la technologie le permettra". "C'est aussi la première lettre de l'alphabet grec, le symbole de l'excellence que nous visons", conclut-il.