Dans la crise sanitaire qui frappe l'Inde, le variant B.1.617 découvert dans le pays est particulièrement pointé du doigt. Il faut dire que le bilan est lourd puisque l'épidémie y est responsable de 4 000 morts par jour. Lundi, ce variant du SARS-CoV-2 a été classé comme "préoccupant" par l'Organisation mondiale de la Santé. En cause : sa plus grande contagiosité.

"Il y a des informations selon lesquelles le B.1.617 est plus contagieux" mais aussi des éléments qui permettent de penser qu'il atténue la réponse des anticorps qui permettent de combattre le virus, a souligné la docteure Maria Van Kerkhove, responsable technique de la lutte contre le Covid-19 au sein de l'OMS, qui doit livrer plus de détails ce mardi dans son rapport épidémiologique hebdomadaire.

Les critères de la classification

A partir de quel moment un variant est-il répertorié comme "préoccupant" ? Selon Santé Publique France, plusieurs données doivent être observées. Tout d'abord, il doit être démontré "une augmentation de la transmissibilité ou un impact défavorable sur l'épidémiologie du Covid-19, par exemple un échappement à l'immunité naturelle post-infection". En d'autres termes, il faut apporter la preuve d'une diminution significative de la neutralisation du virus par les anticorps générés lors d'une infection, ce qui semble donc être le cas ici.

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À cela, il faut aussi observer si le variant concerné est responsable d'une augmentation de la gravité ou un changement de présentation clinique. Un variant préoccupant peut aussi entraîner une "diminution de l'efficacité des mesures de contrôle et de prévention mises en place". Pour qualifier un variant de "préoccupant, il faut analyser l'existence d'une résistance accrue à certains traitements - comme le vaccin. Outre le variant indien, trois autres ont déjà été classés comme préoccupants : les souches britannique, brésilienne et sud-africaine. À noter que, pour l'instant, aucun variant à haut risque n'a été détecté dans le cas du SARS-Cov-2.

Une transmission rapide mais un environnement à prendre en compte

Pour revenir au variant indien, ce dernier semble en effet se transmettre rapidement. En témoigne sa diffusion rapide en Grande-Bretagne - bien que la situation ne soit pas alarmante. Vendredi, le quotidien britannique The Guardiandévoilait qu'il était passé de 202 à 520 infections au cours de la semaine dernière. Comme le souligne le média d'outre-Manche, une grande partie de ces cas sont liés à des voyageurs de retour d'Inde. Mais si les variants préoccupants ont une transmissibilité accrue, ils ne s'étendent pas "de façon dramatique", rappelle auprès de L'Express le Pr François Balloux, spécialiste de la génétique et de l'évolution des pathogènes.

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Par ailleurs, il faut aussi prendre en considération l'environnement dans lequel se développe le variant. Lorsque le "double mutant" s'est propagé en Inde, la situation épidémique était déjà mauvaise - ce qui a facilité la diffusion de la nouvelle souche. "Il faut faire un peu attention, car avec une épidémie non contrôlée, où les services hospitaliers sont débordés, la mortalité augmente vite et il est souvent difficile de faire la part des choses", estime François Balloux.

Aucune preuve de sa résistance aux vaccins

Dans ces conditions, difficile de déclarer si ces variants préoccupants sont beaucoup plus dangereux que la souche originelle. "Il a été parfaitement démontré que le taux de décès grimpe dans les services d'urgence quand le ratio entre le nombre de personnels soignants et de patients se dégrade. Dans ces conditions, est-ce que la lignée impliquée entraîne vraiment des cas plus sévères ? "Cela peut être difficile à dire", reprend le professeur. Quant à la a question de la résistance aux vaccins du variant indien ? Pour l'instant, il n'existe "aucune preuve que ce variant échappe à la protection offerte par la vaccination".

C'est d'ailleurs ce qu'a réaffirmé la chercheuse de l'OMS Maria Van Kerkhove : "Nous n'avons rien qui suggère pour le moment que nos diagnostics, nos médicaments et nos vaccins ne marchent pas. Et ça, c'est important", a-t-elle déclaré, insistant sur le fait qu'il fallait continuer à appliquer les mesures sanitaires comme la distanciation sociale, le port du masque, la réduction des contacts, etc. Une porte-parole de l'OMS a précisé dans la soirée que la réponse atténuée à laquelle faisait allusion la docteure Van Kerkhove concernait des observations en laboratoire et non sur le terrain, et que par conséquent il était trop tôt pour savoir quel était l'impact sur l'efficacité des vaccins sur la population.