La cinquième vague tirée par le variant Omicron met les établissements de santé sous tension. Plus de 330 000 cas de Covid-19 ont été dépistés en 24 heures mercredi, pulvérisant le précédent record établi la veille. Conséquence de cette flambée, la pression hospitalière ne faiblit pas : au total, 20 688 patients étaient hospitalisés mercredi, contre 19 934 mardi, soit 2 881 nouvelles admissions en 24 heures, selon les chiffres de Santé publique France. Une tendance qui se confirme également dans les services de soins critiques, qui accueillent les formes les plus graves de la maladie : au total, ces services soignaient mercredi 2 482 malades avec 396 admissions en 24 heures. Mais une distinction est importante : tous les patients diagnostiqués Covid-19 ne sont pas admis à l'hôpital pour le traitement du virus. Testés positifs, ces malades ont été pris en charge pour une autre pathologie. On parle alors de patients admis "avec Covid", à l'inverse de ceux admis "pour Covid", c'est-à-dire essentiellement pour une infection au Sars-CoV-2.
"Ce type de patients 'avec Covid' existait déjà lors des précédentes vagues. Les gens qui ont des signes pulmonaires sont hospitalisés dans les services dédiés et les autres porteurs du virus sont gérés par les différents services attenants à leur spécialité", expose à L'Express Jean-Daniel Lelièvre, immunologue et chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Henri-Mondor. Pour l'instant, ces patients "avec Covid" semblent minoritaires dans l'Hexagone. Parmi les hospitalisations liées au virus, aucune donnée ne précise la proportion de personnes hospitalisées pour une pneumonie grave. Dans Le Parisien, Santé publique France répond que "86 % des patients Covid admis à l'hôpital et 95 % de ceux admis en soins critiques sur la semaine écoulée l'avaient été pour le traitement du Covid". Le constat est le même du 20 au 26 décembre.
Bruno Megarbane, chef du service réanimation de l'hôpital parisien Lariboisière, décrit la situation actuelle dans son établissement : "En réanimation, on compte douze personnes en réanimation qui sont testées positives au Covid-19. Cependant, deux d'entre elles ont besoin de soins pour une autre pathologie. Ces patients doivent répondre à une prise en charge particulière, notamment pour éviter la contamination d'autres malades. Par exemple, ces individus doivent être isolés et le personnel est prié d'adapter les gestes barrières avec une vigilance particulière. "C'est vrai que cela rajoute de la complexité, car il faut porter un masque FFP2. Mais cette conjoncture n'est pas un problème majeur. A l'hôpital, nous vivons avec le Covid-19 depuis très longtemps et nos services sont habitués à gérer ces patients ", poursuit Jean-Daniel Lelièvre.
Des patients qu'il faut isoler
Néanmoins, la prise en charge des malades "avec Covid-19" peut se compliquer selon les unités de soins. "Il y a des services très réticents à prendre des patients, car il y a beaucoup d'immuno-déprimés. C'est le cas dans les services de néphrologie ou d'hématologie avec des patients placés sous chimiothérapie. Les clusters peuvent rapidement poser problème", détaille l'immunologue. Même constat du côté du professeur Bruno Megarbane qui affirme que l'arrivée de ce type de patients ne change pas grand-chose dans l'organisation de l'hôpital : "En réanimation, les malades sont installés dans des chambres seules, mais quand ils se trouvent en soins continus, ils ont des chambres à deux lits et doivent être placés avec des patients Covid." S'il faut redoubler de vigilance avec ces patients, le nombre total de malades n'augmente pas, car les patients "pour Covid" auraient de toute façon été hospitalisés.
Une chose est sûre : la propagation rapide du variant Omicron risque d'augmenter le nombre de patients "pour Covid". "Le virus en culture est moins infectieux et moins pathogène, et pourtant il se transmet beaucoup. Cela s'explique en fait surtout par son tropisme pour les voies aériennes supérieures", expliquait le virologue Bruno Canard, directeur de recherche au laboratoire architecture et fonction des macromolécules biologiques (Centre national de la recherche scientifique, Aix-Marseille université) dans L'Express. "On peut s'attendre à de plus en plus de patients positifs au Covid-19. Le vaccin fonctionne très bien pour protéger contre les hospitalisations spécifiquement liées à Omicron, mais il n'empêche pas les gens d'être porteurs", indique le professeur Lelièvre.
Un nombre d'hospitalisations liées au Covid-19 "surestimé"'
Par ailleurs, les patients "pour Covid" biaisent aussi les chiffres donnés par Santé Publique France concernant les hospitalisations liées au Covid-19. "Ces personnes sont incluses dans le nombre de malades du Covid-19 hospitalisés alors qu'elles sont prises en charge pour une autre pathologie, complète Bruno Megarbane avant d'ajouter, C'est un problème d'interprétation des données". Autrement dit, nous ne savons pas quelle est la proportion de "vrai covid" ni celle de patients contaminés soignés pour une maladie indépendante. "Le nombre d'hospitalisations liées au variant Omicron est donc surestimé", reprend le chef de réanimation de l'hôpital Lariboisière. Par conséquent, il est possible que cela devienne plus difficile de mesurer les effets du Covid-19 à l'hôpital.
A l'hôpital de Garches, le professeur Djilalli Annane, chef du service réanimation, compte actuellement deux patients pris en charge pour une pathologie autre que le Covid-19 (sur quinze). Le spécialiste s'inquiète de voir la nouvelle souche détectée en Afrique du Sud affecter les autres services." La très forte circulation du variant Omicron dans la société va avoir une conséquence sur la prise en charge d'autres maladies. Si vous êtes contaminés, il y a une série de traitements qu'on ne peut pas vous faire", témoigne le professeur Annane. Par exemple, si un patient positif au Covid-19 est en attente de greffe, la transplantation ne peut pas avoir lieu. Idem si le donneur est contaminé par le virus. "C'est le prix à payer quand on laisse circuler le virus Omicron", tance le spécialiste ajoutant qu'il était favorable à la mise en place de mesures sanitaires plus contraignantes. " C'est trop tard désormais, on n'arrêtera plus le train, il est parti", conclut-il.
