Marisol Touraine reste ferme face aux médecins. La ministre de la Santé, dont le projet de loi doit être examiné en commission à l'Assemblée nationale à partir de mardi, ne recule pas après la nouvelle mobilisation des médecins dimanche. "J'ai entendu les inquiétudes", a-t-elle répété sur RMC ce lundi matin, renvoyant les professionnels de santé au débat parlementaire et leur promettant qu'ils ne "verront pas de lourdeur administrative avec le tiers payant" généralisé, l'un des points les plus épineux du texte.
"Des amendements ont été déposés, les syndicats pourront les consulter", a expliqué Marisol Touraine. "Les médecins auront leur place dans la coordination des soins pour limiter l'Etatisation", alors que ces derniers craignent que la généralisation du tiers-payant généralisé ne la renforce. "Nous inscrirons des garanties de paiement en 7 jours dans l'amendement", a répété la ministre qui avait déjà évoqué des "sanctions" en cas de retard supplémentaire. "Le tiers-payant ne doit prendre ni temps ni argent au médecin" et "ne doit rien changer dans les relations entre médecins, Sécu et complémentaires".
Eviter un "système étatisé"
Marisol Touraine, qui a reçu une délégation de médecins en colère après la mobilisation de dimanche, avait déjà expliqué devant quelques journalistes avoir "déposé à l'Assemblée nationale des amendements qui permettent de répondre aux préoccupations" exprimées. Les amendements "portent principalement sur l'organisation des soins dans les territoires puisque les médecins avaient le sentiment que ce qui était proposé était un système étatisé, ce qui n'était pas mon objectif", a-t-elle expliqué.
Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF (principal syndicat de médecins libéraux), s'est dit "déçu" de la rencontre avec la ministre. "Malgré la mobilisation historique aujourd'hui avec 40 000 médecins, jeunes médecins et professions de santé (19 000 selon la police), la ministre n'a pas bougé du tout", a-t-il déploré. "La ministre a confirmé la généralisation du tiers payant par étape comme prévu, elle a confirmé l'expérimentation pour la vaccination chez le pharmacien alors que nous la refusons", a-t-il indiqué.
Le "malaise est profond" entre Marisol Touraine et les professionnels de santé, d'après la presse de lundi. "En fuyant le dialogue, Marisol Touraine s'est discréditée", d'après L'Opinion qui appelle les députés à "remettre la concertation et l'écoute au premier plan". "La communauté médicale, sous pression depuis des années, espérait être associée au dialogue. Encore faut-il vouloir dialoguer", nuance cependant La Montagne/Centre France. "Il ne faudrait pas que chez les généralistes, qui sont le premier niveau du fameux 'parcours de santé', la crainte des lourdeurs administratives décourage pour de bon les vocations", avertit Sud Ouest.
