En quelques années, les rayons consacrés aux gélules, aux ampoules ou aux granules du bien-être ont envahi les pharmacies, au point que certaines ont lâché leur fonds de commerce classique pour leur laisser toute la place. On les trouve même, depuis le mois dernier, dans les bacs de surgelés, juste à côté de la ciboulette. Longtemps, les adeptes de ces produits "coups de pouce", destinés à "booster" l'organisme ou à lutter contre le vieillissement, sont restés livrés à eux-mêmes. Les promesses des fabricants n'engageaient qu'eux, les autorités sanitaires régulaient peu ces produits considérés comme de la poudre de perlimpinpin et les chercheurs n'y prêtaient pas grande attention.

Ces temps sont révolus. Aujourd'hui, un bon tiers des ménages français (35%) en consomment, selon le cabinet Precepta. Et cet engouement pousse tout le monde à l'exigence. Depuis le mois d'octobre 2009, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) surveille les effets secondaires des compléments alimentaires et les hospitalisations qu'ils pourraient causer. Quant à la somme des études scientifiques accumulées au fil des ans, elle vient d'être passée au peigne fin par les auteurs de l'ouvrage La Vérité sur les compléments alimentaires, qui sort le 11 février aux éditions Odile Jacob. Un biochimiste de renom, chef de service dans le groupe hospitalier Cochin, à Paris, le Pr Luc Cynober, s'est allié avec le Dr Jacques Fricker, médecin nutritionniste à l'hôpital parisien Bichat, auteur de nombreux livres sur les régimes et la minceur.

Halte aux idées reçues!

Les deux experts remettent d'abord en cause de solides idées reçues. Non, le ginseng n'est pas le stimulant universel qu'on imagine souvent. Si cette racine exotique se révèle un jour efficace, ce serait plutôt dans la prévention du cancer ou le traitement du diabète... On ne gagne rien non plus à prendre de la vitamine C en tablettes quand on consomme déjà suffisamment de fruits et légumes. Les compléments mégadosés (à plus de 500 mg par jour) sont même potentiellement toxiques. Au lieu de donner du tonus, ils risquent de nous faire vieillir prématurément. Ce n'est pas, non plus, la peine de s'astreindre à avaler des ampoules de gelée royale : peu d'études démontrent un effet bénéfique. A l'inverse, les auteurs apportent leur caution scientifique à plusieurs substances soutenues par des publicités si envahissantes qu'elles en étaient devenues suspectes. Notamment le resvératrol, ce polyphénol extrait de la peau du raisin. Oui, cet antioxydant puissant est bien bénéfique pour les fonctions cardiovasculaires et immunitaires.

Autre exemple : les probiotiques, contenus dans des yaourts comme Yakult ou Actimel de Danone, ou dans des gélules. Ils se montrent réellement efficaces sur le transit digestif, les diarrhées et la stimulation des défenses immunitaires. Le livre passe au crible 65 substances au total, soit l'essentiel de l'offre disponible en France. Et il est le premier à mentionner des marques et des produits précis. Un choix assumé par les auteurs, qui se défendent de toute publicité déguisée. "Ces noms sont destinés à orienter le consommateur perdu dans des rayonnages longs de plusieurs kilomètres, affirme le Pr Cynober (1). Nous avons cité uniquement des références dont les bénéfices sont étayés par des études, en nous efforçant de n'avantager aucun fabricant."

Savoir choisir ses sources

La règle de base pour ne pas consommer idiot? Lire attentivement la composition de chaque complément. Car deux produits peuvent avoir des objectifs différents, par exemple la beauté des cheveux et la lutte contre le vieillissement, tout en ayant des ingrédients en commun. Le Guide des compléments alimentaires, autre ouvrage, paru en janvier aux éditions Vidal, attire précisément l'attention sur ce risque d'excès. Il conseille d'additionner les concentrations indiquées et de vérifier si le résultat ne dépasse pas les apports conseillés pour le chrome, le cuivre, le fer, le fluor, l'iode, le manganèse, le sélénium, les vitamines A, D, E, K et le zinc (2). Attention, aussi, aux effets croisés. Les oméga 3, la vitamine E et le ginkgo, par exemple, ont tous une action anticoagulante. "La prise simultanée des trois peut provoquer des saignements spontanés", alertent les auteurs.

Attention, encore, aux marchands de rêve qui prospèrent sur Internet. Vous n'avez jamais entendu parler du Gugulipid? Substance "généralement connue sous le nom de gomme guggul", précise la société qui le commercialise. Vous n'êtes guère plus avancé. Mais peut-être serez-vous séduit par ses prétendues propriétés, décrites fort prudemment et... au conditionnel: "Il semble que ce type de produit puisse abaisser les taux de "mauvais" cholestérol de 17 % en moyenne." Certains fabricants usent de ficelles si grosses qu'il est facile de tourner leur propagande en ridicule. Un jeu auquel se sont livrés le Pr Cynober et le Dr Fricker, en imaginant un slogan de leur cru: "La bidulase est un extrait d'écorce de bananier faisant partie de l'alimentation traditionnelle des Moldaves depuis la plus haute Antiquité. Sa consommation serait responsable de l'exceptionnelle longévité des bergers des hauts plateaux de Transnistrie." Aux consommateurs de ne pas tomber dans le panneau, en piochant leurs informations aux meilleures sources.