Les médecins ne décolèrent pas. Ils protestent depuis les vacances de Noël contre plusieurs dispositions de la loi santé, comme le tiers payant généralisé et ne comptent pas s'arrêter là. Après avoir fermé leurs cabinets, ils ont décidé d'"engorger" l'Assurance maladie en lançant une grève administrative, "massivement suivie", selon Luc Duquesnel, président de l'Unof (Union nationale des omnipraticiens français).
-11,8% de feuilles de soins électroniques transmises
Sortis déçus d'une rencontre avec la ministre de la Santé Marisol Touraine lundi, les principaux syndicats de médecins ont annoncé qu'ils poursuivaient le boycott de la carte vitale et des autres téléservices (transmission des feuilles de soins électroniques, des arrêts de travail, des déclarations de demandes d'ALD).
Entre le 5 et le 13 janvier, la Caisse nationale d'assurance maladie, a enregistré une baisse de la transmission des feuilles de soin électronique qu'elle qualifie de "réelle, mais modérée, de l'ordre de -11,8%".
Deux syndicats réclament une consultation à 31 euros
Les généralistes demandent également une revalorisation de deux euros du tarif des consultations, aujourd'hui fixé à 23 euros. Ils font valoir que celui-ci n'a pas évolué depuis 2011. "Le niveau de rémunération des généralistes français figure parmi les plus bas d'Europe alors même que notre travail se complexifie, souligne Luc Duquesnel. Aujourd'hui, avec le vieillissement de la population, nous nous retrouvons de plus en plus souvent face à des polypathologies." Pour Claude Leicher, président de MG France, principal syndicat de généralistes, il s'agit aussi d'une "juste mesure d'égalité de traitement avec les autres spécialités".
La ministre, elle, estime que les médecins gagnent en fait 31,40 euros par consultation, grâce aux forfaits dont ils bénéficient. Les généralistes sont en effet rémunérés par les caisses pour, par exemple, le suivi des patients de plus de 80 ans ou le fait d'être déclaré médecin traitant, mais aussi lorsqu'ils remplissent des objectifs de santé publique (prescription de génériques, informatisation pour un meilleur suivi des patients, etc.). Cette dernière rémunération, très majoritairement plébiscitée par les médecins, représente en moyenne en gain de 5480 euros par an.
"La ministre sort du chapeau des chiffres très difficiles à vérifier"
"Il faut arrêter de faire de la prestidigitation avec le montant de la consultation, s'insurge Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, principal syndicat médical. La ministre nous sort du chapeau des chiffres très difficiles à vérifier et met sur le même plan le temps passé avec le patient et le travail administratif hors consultation liés aux objectifs!"
Pour réagir aux propos de la ministre, l'Unof-CSMF et le Syndicat des médecins libéraux (SML), ont décidé de jouer la provocation en la prenant au mot: ils réclament désormais une consultation à 31 euros en contrepartie de la suppression des forfaits.
De nouvelles actions à la fin du mois
Pour continuer à se faire entendre, l'ensemble des syndicats représentatifs réfléchissent à de nouvelles actions pour la fin du mois. Ils pourraient appeler à des mobilisations au niveau local et à une nouvelle grève de permanence des soins lors d'un week-end.
L'examen du projet de loi santé au Parlement est prévu pour le mois d'avril.