Baisse du nombre de lits, des effectifs d''infirmiers, fermetures de services d'urgences... La santé de l'hôpital français n'est pas au mieux et, pourtant, il peine à truster l'agenda politique de ce début de campagne présidentielle. La gauche, en difficulté dans l'opinion, l'a bien compris et espère bien se réveiller en remettant l'hôpital au milieu du village. Quelles priorités ? Comment sortir d'une crise mise au grand jour par la pandémie de Covid en 2020 et qui semble perdurer, voire s'aggraver ? Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, respectivement candidats pour le Parti socialiste, la France insoumise et Europe écologie-les Verts dévoilent à L'Express comment ils comptent, s'ils sont élus président de la République, sauver l'hôpital public.

Hidalgo : "J'engagerai un plan massif de recrutement, de formation et de revalorisation"

"Après deux années de crise sanitaire, le travail des soignants n'a jamais été aussi difficile qu'aujourd'hui. L'hôpital public a subi une pression financière trop forte qu'il faut impérativement desserrer, sans quoi il perdra les professionnels qui le font vivre.

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J'engagerai un plan massif de recrutement, de formation et de revalorisation de tous les métiers de l'hôpital : 25 000 infirmiers et aides-soignants supplémentaires pour rouvrir les lits fermés, définir des ratios minimaux de soignants par patients, former 15 000 médecins et 1 250 sages-femmes par an, et recruter dans les services 5 000 logisticiens, techniciens et agents hospitaliers pour faire gagner du temps aux soignants et améliorer les conditions d'accueil des patients"

Mélenchon : "Il nous faut former et recruter 100 000 soignants"

"Notre hôpital a longtemps été le meilleur au monde, l'austérité et la marchandisation l'ont disloqué. Il nous faut le reconstruire, en changeant totalement de logique. Aujourd'hui, on impose à l'hôpital un niveau fixe de dépenses, et on voit quoi et qui l'on peut soigner avec. Alors que les maladies chroniques se multiplient et que la population vieillit, c'est insensé, et cela coûte plus cher. Il faut faire tout l'inverse : partir des besoins de soin et s'organiser pour soigner tout le monde. L'Etat doit planifier la reconstruction dès maintenant : tant que les causes des pandémies n'auront pas été réglées, nous devons nous tenir prêts à des répliques de même nature que le Covid-19.

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Je propose un plan massif de recrutement de professionnels du soin et du médico-social. Les soignants sont à bout : plus d'un tiers des infirmières déclare souffrir de symptômes dépressifs. Il nous faut former et recruter 100 000 soignants. Cessons d'improviser et organisons-nous : revalorisons les métiers et les revenus, titularisons les précaires, augmentons le nombre de places et les moyens de ces formations. Revenons sur la tarification à l'activité. Elle étrangle les petits hôpitaux et défigure le sens de la médecine. Renonçons à la folie de la concentration des hôpitaux qui entraîne fermetures de lits et d'établissements. Encore, en 2020, Macron a supprimé 5 700 lits : soit 100 000 en vingt-cinq ans ! Nous rouvrirons lits, services d'urgence et de maternité pour que chaque Français dispose d'un service de santé public à moins de trente minutes de chez lui."

Jadot : "Nous reviendrons sur la tarification à l'acte"

"Il faut inverser la logique de gestion, radicalement. Plutôt que de fixer un budget national décliné localement qui met tout le monde sous pression, il faut repenser l'offre de soins en fonction des territoires, par bassin de santé, avec tous les acteurs de la santé, les collectivités et les patients, et adopter un ratio de personnels par population. Dans chaque région, les moyens des hôpitaux publics devront être fixés selon la démographie, les âges, la situation sanitaire. Dans chaque établissement, comme pendant la crise sanitaire, l'organisation devra être définie par les médecins et les personnels soignants eux-mêmes. Nous reviendrons sur la tarification à l'acte et renforcerons les salaires et les effectifs.

Je veux aussi donner à la prévention une place centrale dans notre stratégie sanitaire - alors qu'elle représente seulement 1,8 % du budget de la santé. Pour qu'il y ait moins de malades à l'hôpital, il faut moins de raisons de tomber malade. Nous subissons une explosion des maladies chroniques et des virus liée à la dégradation de l'environnement. Protéger l'environnement, c'est protéger la santé !"