Épinglée cette semaine par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) pour avoir avancé un taux d'épisiotomie inexact, la secrétaire d'Etat à l'égalité entre femmes et hommes, Marlène Schiappa, a remis sur la table le débat sur les violences obstétricales.

Au cours du premier accouchement, 47% des femmes sont confrontées à l'épisiotomie. Cet acte chirurgical, qui consiste à inciser le périnée au moment de la poussée afin de laisser sortir le nourrisson, est souvent pratiqué lorsqu'il y existe un risque pour l'enfant à naître. Elle est également la solution la plus simple lorsque les soignants estiment que le travail dure depuis trop longtemps. Pour le bien des mères -ou pas.

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Nombreuses sont les futures mères à inscrire sur leur "projet de naissance" qu'elles ne veulent pas en subir. Une volonté qui ne serait pas toujours respectée.

"Il fallait agir vite, je saignais beaucoup"

Rachel n'y a pas échappé. Il y a dix jours, lors de son premier accouchement, la jeune femme n'a pas eu le choix. Dès sa première poussée, son périnée s'est déchiré. Son bébé est costaud, il pèse plus de quatre kilos. "Il fallait agir vite, je saignais beaucoup et je ne comprenais pas ce qu'il venait de se passer", se souvient-elle. Les sages-femmes appellent la gynécologue pour qu'elle réalise une épisiotomie, mais ça ne suffit pas, il faut également utiliser les spatules. "On ne m'a expliqué qu'après l'accouchement que j'avais subi une épisiotomie, pour ne pas que je stresse alors que mon enfant était encore en moi."

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Sage-femme à Creil, Clémence insiste sur l'importance d'aller vite lorsque l'enfant à naître est en détresse sévère: "Il y a des cas de grave souffrance foetale où chaque minute est comptée." Par souci de rapidité, toutes les options sont donc envisagées. La plus adéquate est mise en oeuvre sur le champ. Parfois inévitable, l'épisiotomie tant redoutée par les futures mères, devient nécessaire. Elle n'en est pas moins controversée, surtout lorsqu'elle est pratiquée de manière non-justifiée.

"La sage-femme n'avait pas ouvert mon dossier"

Pour son premier enfant, Claire a longtemps attendu dans sa chambre avant d'être prise en charge par l'unique sage-femme de la maternité. Plusieurs heures après son arrivée, lorsque vient le moment de pousser, elle est toujours seule. La sage-femme la transfère vers la salle de travail dans la précipitation. "Elle me criait dessus, elle stressait. Il n'y avait pas de gynécologue ou d'anesthésiste dans la maternité. Si une autre parturiente était arrivée, personne n'aurait été là pour l'accueillir," se souvient-elle.

Tout va très vite. Pas le temps de mettre les étriers, c'est au mari de Claire de tenir sa jambe. Au bout de trois minutes de poussée, la sage-femme décide de faire une épisiotomie pour accélérer davantage les choses. Le bébé naît sur la contraction suivante. "La sage-femme s'attendait à voir un bébé de cinq kilos, il n'en faisait que 3,6. C'est à ce moment que j'ai compris qu'elle n'avait pas ouvert mon dossier."

Après la délivrance, Claire est recousue sans anesthésie -elle n'a pas eu recours à la péridurale. "Le travail était bâclé, le dernier point a sauté dès le lendemain. Quatre ans après, il m'arrive encore d'avoir mal," raconte-elle. "J'ai l'impression que mon accouchement a été volé par ce coup de ciseaux". Plus tard, la sage-femme reconnaît son erreur, mais ne vient pas s'excuser. "On ne l'a pas revue après l'accouchement."

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Une façon de faire que n'approuve pas Clémence pour qui aucun acte nuisible ne doit être réalisé s'il n'est pas nécessaire: "Certains professionnels de santé ont recours plus facilement à l'épisiotomie, mais en tant que soignant, nous devons faire notre maximum pour que l'accouchement se déroule de la manière la plus naturelle et la moins traumatique qui soit."

"J'aurais voulu savoir ce qu'on faisait à mon corps"

Nombreuses sont les femmes à inscrire leur refus de l'épisiotomie sur leur projet de naissance, or, tout ne se passe pas toujours comme prévu. "C'est comme la césarienne, ça reste toujours une hypothèse possiblement réalisable." rappelle Clémence. Selon la condition du foetus et sa santé, les soignants s'adaptent: "On ne peut pas promettre que cela n'arrivera pas, tout simplement parce qu'on ne sait pas comment l'accouchement va se dérouler", souligne la sage-femme.

C'est le cas d'Ania, dont les sages-femmes ont décidé d'appeler le médecin après 30 minutes de poussée pour ne pas mettre l'enfant en danger. "J'ai précisé au médecin que je ne voulais pas d'épisiotomie lorsqu'il est arrivé. Il m'a dit de ne pas m'inquiéter et qu'il allait utiliser la ventouse pour m'aider." Ania obtempère et quinze minutes plus tard, sa fille est là. Pendant que le nourrisson se fait aspirer les glaires, le gynécologue travaille entre les cuisses de la jeune mère. Elle demande s'il recoud une déchirure, le médecin lui répond: "Non Madame, avec la ventouse, on est obligé de faire une épisiotomie." Choquée de ne pas avoir été consultée, Ania vit l'expérience avec violence: "J'aurais voulu savoir ce qu'on faisait à mon corps, qu'on prenne le temps de m'expliquer qu'il n'y avait pas d'autres choix."

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Pour Clémence, la sage-femme, il est pourtant essentiel d'expliquer les différentes possibilités à ces patientes avant l'accouchement. "Le mieux est la compréhension car nous n'agissons pas sans l'accord de la patiente (sauf en cas d'extrême urgence et cela ne concerne pas l'épisiotomie)." La sage-femme rappelle qu'il est préférable d'avoir "une épisiotomie contrôlée et minime" plutôt qu'une sévère déchirure qui implique beaucoup plus de complications par la suite. Elle relativise cependant: "cela s'applique sur des cas particuliers, notamment quand l'enfant est en grande détresse, ce qui ne se justifie que dans peu de cas".