L'accouchement de Morgane, en août dernier à Bordeaux, avait tout d'une épreuve difficile : en pleine canicule, et avec l'obligation de porter un masque en raison du contexte sanitaire. "Le masque a gâché mon accouchement ainsi que la rencontre avec ma fille", déplore la jeune femme de 27 ans. Morgane se souvient précisément des scènes douloureuses : le masque qui tombe avec l'effort, la sage-femme qui lui demande de le remettre... "C'était très difficile de respirer et surtout ça m'a donné extrêmement chaud, en plus de la canicule. J'ai poussé plus de 30 minutes avec le masque", explique-t-elle auprès de L'Express.
"J'étais épuisée, je n'en pouvais plus, ça a fini avec une épisiotomie. Est-ce que sans le masque j'aurais pu l'éviter ? Difficile à dire. Mais cela m'a rajouté une difficulté supplémentaire", continue Morgane. Une situation qui l'a empêchée de profiter de ses premiers instants avec sa fille : "Avec le masque, je ne la voyais pas , j'avais trop chaud. Au bout de quelques minutes, elle a fait le fameux peau à peau avec son père car je ne pouvais plus respirer. J'ai eu la sensation de devoir me 'débarrasser d'elle' alors que c'est le masque que j'aurais dû enlever."
Hashtag #StopAccouchementMasqué
Comme Morgane, de nombreuses femmes témoignent du calvaire de l'accouchement masqué. Elles racontent leur expérience sur les réseaux sociaux avec le hashtag #StopAccouchementMasqué. "Je répète que je suis asthmatique et que j'étouffe avec le masque. Pas le choix... J'accouche en peinant à respirer", explique l'une d'entre elles auprès du collectif collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, qui dit avoir récolté plus d'un millier de témoignages. Le formulaire pour témoigner est accessible ici.
La polémique enfle alors que les messages se multiplient. Plusieurs parlementaires se sont dernièrement emparés de la question et demandent de mettre fin à l'obligation du port du masque pour toutes les femmes. Le député Cédric Villani a expliqué vendredi avoir écrit au Premier ministre Jean Castex "pour que des masques FFP2 soient distribués en quantité suffisante aux soignants, notamment dans les maternités, et que ces situations intolérables cessent." Sa lettre est cosignée, entre autres, par Julien Aubert (LR), Delphine Batho et Matthieu Orphelin.
De quoi relancer le débat sur les accouchements masqués, qui font tant polémique. "Les femmes se voient imposer le port du masque lors de leur accouchement. Elles suffoquent, vomissent, paniquent, l'arrachent... Quand ce masque ne tombe pas tout seul, il empêche une bonne prise d'air et une poussée suffisante. Il génère du stress qui est néfaste au bon déroulement de l'accouchement et perturbe la rencontre avec son enfant", souligne Sonia Bisch, porte-parole du collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, dans une tribune publiée sur Auféminin.
Absence de directive
"Dans ses recommandations, l'Organisation Mondiale de la Santé a banni le masque en cas de sport. Pourtant, un accouchement demande un réel effort physique", explique-t-elle. Selon elle, l'une des solutions serait en effet que les soignants portent un masque FFP2.
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C'est précisément ce qu'aurait souhaité Julie, 28 ans, qui a accouché en août dernier à Paris : "Je devais prendre de grandes inspirations mais à cause du masque, j'étais épuisée, j'étouffais. Je ne comprends pas que cela soit possible, surtout si les soignants ont les équipements de protections nécessaires. C'est juste inhumain", insiste-t-elle auprès de L'Express. Et autant dire que pour les femmes proches du jour J, le sujet est source d'angoisse.
D'après une étude du collectif, sur 240 maternités contactées, seulement 40 n'imposent pas le masque. Car pour l'heure, aucune directive n'a été publiée. "Cela dépend des maternités, des territoires où elles se trouvent. Les maternités appliquent leurs propres règles. Si elles sont dans une zone où le virus circule activement, il est évident si zone qu'elles vont demander des précautions supplémentaires", explique auprès de L'Express le Collège national des sages-femmes.
Vers de nouvelles recommandations ?
Ainsi, la grande majorité des maternités françaises continuent de suivre les recommandations du Collège National des Gynécologues-Obstétriciens Français, publiées le 30 septembre : "Le port du masque est recommandé en présence des soignants. Pendant les efforts expulsifs, le port du masque est souhaitable, car il protège les soignants et la femme elle-même. Cependant, "il ne peut être imposé". Dans ce cas, les soignants doivent porter des lunettes de protection et des masques FFP2. L'une des pistes proposées serait le dépistage systématique des mères.
"Porter un masque pendant l'effort expulsif n'est pas compatible", note Adrien Gantois, président du Collège national des sages-femmes, en invitant "les maternités qui le rendent obligatoire pendant cet effort physique important à revoir leur copie et à privilégier le port d'un masque FFP2 pour les soignants", selon l'AFP.
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La question a également été posée au ministre de la Santé Olivier Véran, le 8 octobre dernier sur BFMTV. Je vais saisir le Collège des Gynécologues-Obstétriciens et probablement aussi le Haut Conseil de la Santé publique. Pour ce genre de problématique j'ai besoin d'être éclairé (...) Néanmoins, il ne paraît pas totalement incohérent de continuer à se protéger", avait-il répondu.
Pour l'heure, les femmes ne souhaitant pas porter le masque pendant l'accouchement doivent se renseigner sur les maternités où il n'est pas imposé. Autre solution si elles en ont les moyens, comme l'explique France 24 : se rendre dans un autre pays, comme l'Allemagne, où il n'est pas obligatoire lors de l'accouchement.
