C'est un nombre inhabituel, et il est en pleine croissance. Selon le dernier bilan de Santé publique France (SPF) daté de ce vendredi 16 septembre, 41 cas de dengue autochtone et 5 foyers ont au total été signalés en France métropolitaine depuis le début d'année. Les personnes atteintes cette maladie infectieuse se transmettant de personne à personne par l'intermédiaire de la piqûre d'un moustique tigre infecté, n'ont pas voyagé dans une zone habituelle de circulation du virus dans les 15 jours précédant l'apparition des symptômes, selon la définition du ministère de la Santé.
Mercredi, les autorités sanitaires avaient annoncé 26 cas, recensés dans les régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Occitanie, avait précisé la Direction générale de la Santé (DGS). Le foyer le plus important se situe dans les Alpes-Maritimes, sur les communes limitrophes de Saint-Jeannet, de Gattières et de La Gaude : 26 cas ont été dénombrés, avec des symptômes qui ont démarré entre le 1er août et le 6 septembre, a précisé ce vendredi Marie-Claire Paty, directrice des maladies infectieuses chez Santé publique France.
Le bilan sera probablement revu à la hausse ces prochains jours et ces prochaines semaines. Si le pic des cas a lieu en août et en septembre, "il y a eu par le passé des épisodes en septembre-octobre, donc on pourrait en avoir des nouveaux et nous ne sommes pas sortis de la période à risque", a noté Marie-Claire-Paty.
"On va vers une extension et vers une multiplication des épisodes"
Le niveau des cas recensé est d'ores et déjà supérieur à celui observé les années précédentes. Depuis 2010, SPF n'enregistrait à peine plus qu'une dizaine de cas autochtones dans ses bilans annuels les plus lourds. En 2020, les autorités sanitaires avaient ainsi recensé 14 cas de dengue autochtone répartis sur six foyers, et en 2021, deux cas.
"On va vers une extension et vers une multiplication de ces épisodes" de dengue en France métropolitaine, a souligné Marie-Claire Paty. Pour expliquer la progression du nombre de cas, elle a évoqué "l'extension du moustique tigre sur le territoire français", et plus généralement, son extension mondiale, alors qu'il est surveillé depuis la fin des années 1990. Aperçu pour la première fois à Menton (Alpes-Maritimes) en 2004, le moustique tigre ou moustique Aedes albopictus qui peut également transmettre le chikungunya et zika, est ensuite progressivement remonté vers le nord du pays et il est désormais présent durablement en 2022 dans 67 départements. Le virus circule régulièrement dans les départements français des Antilles, ainsi que dans les îles françaises du Pacifique et de l'Océan indien.

Carte des départements de métropole où la présence du moustique tigre est connue au 1er janvier 2022.
© / Ministère de la Santé
La déforestation et l'urbanisation jouent également un rôle dans sa prolifération, de même que le changement climatique qui contribue à son développement, avec des facteurs comme "les températures chaudes, les précipitations, les inondations mais aussi les sécheresses", a précisé SPF, alors que les conditions météo actuelles sont favorables à leur multiplication. "Les mouvements de personnes et de voyageurs participent à la diffusion de ces maladies", a complété Marie-Claire Paty.
Des symptômes de type grippal
Les symptômes de la dengue sont le plus souvent de type grippal (fièvre, maux de tête, courbatures) et se manifestent dans les 3 à 14 jours après la piqûre par le moustique. Le plus souvent bénigne, la dengue peut toutefois prendre des formes hémorragiques. Le traitement est symptomatique, notamment de la douleur et de la fièvre. "La prévention des piqûres et la lutte contre la prolifération des moustiques sont essentielles pour limiter la survenue de foyers épidémiques", insiste le ministère de la Santé.
Il rappelle notamment l'importance de ranger à l'abri de la pluie tout ce qui peut contenir de l'eau, de porter des vêtements couvrants et amples, d'utiliser un répulsif cutané, ou encore, si nécessaire, des grillages-moustiquaires sur les ouvertures (portes et fenêtres).
Le ministère redit aussi la nécessité de consulter immédiatement son médecin traitant en présence de symptômes évocateurs (forte fièvre d'apparition brutale, douleurs musculaires ou articulaires, douleurs oculaires, fatigue, maux de tête), en particulier si un diagnostic de Covid-19 a été écarté et s'ils apparaissent dans les quinze jours qui suivent le retour d'un voyage en zone tropicale. En parallèle, des opérations de démoustication sont mises en place par les Autorités régionales de santé dès le signalement d'un cas importé ou d'un cas autochtone.
