L'âge est-il toujours un critère pertinent pour déterminer qui doit se faire vacciner en priorité contre le Covid-19 ? Sérums AstraZeneca mis à la poubelle par un médecin, nombre très important de rendez-vous - plus de 270 000 pour les 50 prochains jours d'après le site ViteMaDose - encore disponibles... Les signes de défiance s'accumulent, au point, chez certains, de penser que ce système a fait son temps.

"C'est quand même un scandale que des doses ne soient pas utilisées alors qu'il y a beaucoup de gens qui souhaitent se faire vacciner", a notamment déploré la maire de Paris Anne Hidalgo, ce mercredi, sur franceinfo. L'élue souhaite ainsi "débrider la question de l'âge", en ouvrant massivement les injections à des publics "en deuxième ligne", comme les enseignants, les policiers, les employés de supermarchés, peu importe leur âge. "Ça devient absurde de refuser des vaccinations alors qu'il y a des vaccins disponibles", fustigeait, la veille, Jean-Paul Stahl, professeur de maladies infectieuses et tropicales au CHU de Grenoble, sur les mêmes ondes, faisant valoir un contexte différent du début de l'épidémie, où les doses étaient plus rares.

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Le mouvement prend de l'ampleur. Selon un sondage Elabe-BFM TV, également publié ce mercredi, sept Français sur dix sont favorables à une ouverture de la vaccination à tout le monde, sans distinction d'âge et de profession. Le gouvernement, lui, tient à sa stratégie. À raison ?

"Une personne prioritaire ne serait pas vaccinée aujourd'hui, mais dans un mois"

Jean Castex estime cette ouverture "prématurée". "Nous progressons conformément à nos objectifs", a fait valoir le chef du gouvernement, à la sortie du Conseil des ministres. Pour rappel, la France espère atteindre les 20 millions de premières injections d'ici à la mi-mai. "Si on se fixe une cible de 80 % d'une tranche d'âge qui doit être vaccinée pour être protégée, 4,3 millions de Français qui relèvent de la vaccination qui n'ont pas encore été vaccinés", a appuyé le ministre de la Santé, Olivier Véran, à l'issue d'une visite de la cellule de crise de l'Agence régionale de santé d'Île-de-France à Saint-Denis, mardi.

Vaccination contre le Covid-19 par âge, au 26 avril. Un peu plus de 72% des plus de 75 ans ont reçu une dose de vaccin, contre moins de 60% des 64-75 ans et 30% des 50-64 (pas tous éligibles encore).

Vaccination contre le Covid-19 par âge, au 26 avril. Un peu plus de 72% des plus de 75 ans ont reçu une dose de vaccin, contre moins de 60% des 64-75 ans et 30% des 50-64 (pas tous éligibles encore).

© / Covid-Tracker

Le professeur Alain Fischer se montre lui aussi sceptique. "La priorité doit aller aux personnes qui en ont le plus besoin, celles qui ont le plus de risques d'êtres malades, hospitalisées, de mourir", a rappelé le "Monsieur vaccin" du gouvernement au micro d'Europe 1. Et d'insister : "À nombre de doses égal, si on ouvrait au premier venu, une personne prioritaire ne sera pas vaccinée aujourd'hui, mais dans un mois."

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L'argument final reste celui d'une consommation pas forcément si déficitaire des nouvelles doses. "Si on regarde les courbes du nombre de doses consommées, on voit que les choses avancent comme il faut, qu'il n'y a pas de gâchis, même si ça existe marginalement comme dans tout processus humain", a fait valoir Alain Fischer.

Une polémique exagérée ?

La vaccination contre le Covid-19 "ne bute pas sur une insuffisance de demande" dans les centres proposant les sérums de Pfizer et Moderna, a de son côté affirmé le patron de Doctolib, Stanislas Niox-Chateau, au cours d'une conférence de presse. Ce dernier met en avant les 200 000 à 250 000 rendez-vous pris chaque jour via Doctolib, avec un délai moyen inférieur à 10 jours - des statistiques désormais publiées sur son site internet. "Il y a probablement très peu de doses jetées dans les centres, car tous les rendez-vous sont pris à une vitesse exceptionnelle et l'organisation des centres permet d'éviter de jeter des doses", a-t-il précisé à Numerama.

"C'est très difficile d'aller plus vite sur Pfizer et Moderna", juge-t-il enfin, alors qu'"il reste des créneaux disponibles pour AstraZeneca en ville", chez les médecins et les pharmaciens. Stanislas Niox-Chateau craint qu'une ouverture soudaine ne provoque "un engorgement".

"Il est exact que nous avons un certain nombre de rendez-vous qui ne sont pas honorés. D'après les informations que j'ai, il ne faut pas exagérer leur nombre", a également commenté Jean Castex.

L'estimation, sur la seule base de ViteMaDose, peut effectivement être trompeuse. Déjà parce qu'un créneau ouvert ne signifie pas toujours une dose de vaccin disponible. Comme le note le créateur du site ViteMaDose, Guillaume Rozier, "dans les grands centres, 1 créneau correspond à plusieurs doses (environ 25 doses pour le Stade de France !)". A l'inverse, des pharmaciens ouvrent un maximum de créneaux qui ne correspondent pas toujours à des doses, afin d'être sûrs de pouvoir injecter toutes celles disponibles. Puis il faut savoir, de toute façon, que les doses se conservent, même si les flacons sont ouverts, a confirmé sur Twitter une responsable d'unité Covid, à Toulon.

"270 000 créneaux de vaccination sont encore ouverts pour les prochaines semaines, je crois que ça n'était jamais arrivé", s'inquiète malgré tout Guillaume Rozier. "Jusque-là, les injections suivaient relativement bien les livraisons. Pas d'énorme stock de doses qui dort dans les congélateurs. Il va être intéressant de voir si les courbes divergent dans les prochains jours." Et si la question d'un élargissement de la vaccination mérite d'exister.