Pour sortir de la crise du Covid-19, la recommandation est connue : vaccinez-vous. Mais les vaccins à adénovirus d'AstraZeneca et Johnson & Johnson (J&J) font couler beaucoup d'encre. Si les bénéfices l'emportent largement sur les risques, les préconisations d'utilisation varient parfois considérablement entre les pays, si bien qu'il est difficile de s'y retrouver. Il y autant de pays que de nuances, ou presque.

En France, la Haute autorité de santé (HAS) a maintenu mercredi "sa recommandation de restreindre l'utilisation" du vaccin d'AstraZeneca "aux personnes âgées de 55 ans et plus". La Norvège, elle, renonce définitivement au sérum mal-aimé et compte réserver celui de Johnson & Johnson aux seuls volontaires. Du côté de l'Amérique latine, au Chili, il ne s'agit pas d'une question d'âge, mais de genre : seuls les hommes peuvent recevoir les précieuses doses d'AstraZeneca.

Reprise avec J&J aux Etats-Unis... et des doses d'AstraZeneca non utilisées

Les Etats-Unis voient déjà la lumière au bout du tunnel grâce à l'avancée de la vaccination, qui est ouverte à tous les adultes depuis le 19 avril. La barre des 250 millions de doses administrées a été atteinte. Les autorités sanitaires ont en effet donné leur feu vert le 24 avril à la reprise de la vaccination avec le sérum de Johnson & Johnson, suspendue le 13 avril après des cas rares de thrombose.

Concernant le vaccin d'AstraZeneca, le pays en a en stock... Mais ne l'a pas autorisé, et ne prévoit pas de le faire ces prochains mois. La priorité est donc donnée aux vaccins à ARN messager, comme ceux de Pfizer et de Moderna, et celui de J&J, ces deux derniers étant autorisés à partir de 18 ans, tandis que l'autorisation du vaccin de Pfizer/BioNTech a été étendue aux adolescents âgés de 12 à 15 ans, a annoncé lundi 10 mai l'Agence américaine des médicaments. Selon Bloomberg, plusieurs experts estiment que les Etats-Unis devraient donner toutes leurs doses d'AstraZeneca, car les stocks avec les autres vaccins suffiront pour protéger la population.

Au Canada, le bazar des âges avec AstraZeneca

Les Etats-Unis ont d'ailleurs déjà envoyé 1,5 million de doses d'AstraZeneca au Canada. Là-bas, ce vaccin est réservé aux 55 ans et plus... sauf dans certaines provinces. Le gouvernement du Québec avait annoncé le 20 avril qu'il élargissait aux personnes de plus de 45 ans la vaccination avec le sérum d'AstraZeneca, jusqu'alors réservé aux 55 ans et plus.

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Le Québec était alors devenu la cinquième province à abaisser l'âge pour recevoir ce vaccin. L'Ontario, la Colombie-Britannique, l'Alberta et le Manitoba avaient elles décidé de l'offrir aux plus de 40 ans. De quoi se perdre dans les chiffres... Et ce n'est pas fini : les autorités sanitaires plaident désormais pour l'autoriser aux personnes de 30 ans et plus, comme le rapporte CBC. Il ne devrait être administré qu'aux personnes en bonne santé, si elles ne veulent pas attendre un vaccin à ARN messager. Dans une conférence de presse, le 3 mai, le CCNI (Comité consultatif national de l'immunisation) a d'ailleurs recommandé aux Canadiens de privilégier les vaccins à ARN messager comme ceux de Pfizer et de Moderna.

L'Ontario, province canadienne la plus peuplée, a cependant annoncé le 12 mai la suspension des vaccinations avec la première dose du sérum d'Astrazeneca, en raison d'une hausse du nombre de thromboses causées par le vaccin. Quelques heures plus tôt, l'Alberta, autre province dans l'ouest du pays, avait également décidé de suspendre la vaccination avec ce remède, en raison de doutes sur d'éventuelles ruptures d'approvisionnement dans les prochains mois. Ces deux provinces représentent la moitié de la population canadienne.

Pas de restriction sur AstraZeneca au Mexique et au Brésil

Du côté de l'Amérique latine, le Mexique a également reçu 1,5 million de doses d'AstraZeneca de la part des Etats-Unis. Le président Andres Manuel Lopez Obrador a d'ailleurs reçu fin avril la première dose d'AstraZeneca et a appelé la population à le suivre. "Il n'y a aucun risque", a-t-il insisté.

Le Mexique tout comme le Brésil ne limitent pas l'accès au vaccin d'AstraZeneca, selon Reuters. Les autorités sanitaires dans les deux pays estimaient que les avantages l'emportent sur les risques. Le Mexique et l'Argentine ont par ailleurs conclu un accord avec AstraZeneca pour produire son vaccin destiné à être distribué en Amérique latine.

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Mais le Brésil a néanmoins décidé le 11 mai de suspendre la vaccination des femmes enceintes avec le sérum anti-Covid d'AstraZeneca, après la mort d'une femme à Rio de Janeiro, comme l'a indiqué le ministère de la Santé. Cette suspension sera effective jusqu'à ce que s'éclaircissent les causes de la mort d'une femme à Rio de Janeiro qui avait été vaccinée avec l'AstraZeneca et a été ensuite victime d'une thrombose. Le vaccin d'Oxford/AstraZeneca, qui représente 26% des doses injectées au Brésil, est l'un des trois utilisés dans le pays actuellement, avec le CoronaVac, du laboratoire chinois Sinovac, et plus récemment celui de Pfizer/BioNTech.

Au Chili, le vaccin d'AstraZeneca réservé... aux hommes

La première cargaison de ce fameux vaccin est arrivée le 23 avril au Chili, l'un des pays qui progresse le plus rapidement dans son processus de vaccination. La semaine précédente, l'Institut de santé publique (ISP) du pays, qui a accordé en janvier une autorisation d'urgence pour ce vaccin, avait recommandé son utilisation chez les femmes de plus de 55 ans et les hommes de plus de 18 ans. Mais la sous-secrétaire à la Santé, Paula Daza, a déclaré le 24 avril que le vaccin "ne sera administré qu'aux hommes".

Le critère de restriction lié au gejre a de quoi surprendre, comme les autres pays ont fixé des restrictions au niveau de l'âge. Mais selon plusieurs rapports, les cas de caillots sanguins sont plus fréquents chez les femmes. Ceci explique sans doute la décision du Chili, qui préfère donc que tous les hommes (adultes) soient éligibles. A noter : l'Agence européenne des médicaments (EMA) estime qu'il n'y a "pas suffisamment de données disponibles dans toute l'UE" pour affirmer que les risques sont liés au sexe.

En Europe, à chaque pays sa politique

Du côté du Vieux Continent, force est de constater que les différents pays sont loin de parler d'une seule voix concernant le vaccin d'AstraZeneca. Dans l'Hexagone, il est réservé aux 55 ans et plus. Ce seuil a été fixé d'après les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS), le 19 mars dernier, notant que les cas de thrombose veineuse cérébrale avaient alors été uniquement observés chez des moins de 55 ans. Le 12 mai, la Haute autorité de santé (HAS) a confirmé le "maintien de sa recommandation de restreindre l'utilisation" du vaccin "aux personnes âgées de 55 ans et plus", en réaffirmant son "utilité incontestable". De plus, depuis le 24 avril, les Français de plus de 55 ans peuvent recevoir le vaccin du laboratoire américain Johnson & Johnson.

Le vaccin AstraZeneca en Europe

Le vaccin AstraZeneca en Europe

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En Belgique, les autorités sanitaires ont décidé le 24 avril de réserver les doses d'AstraZeneca aux personnes de 41 ans et plus (contre 56 ans et plus jusqu'à présent), comme l'explique la RTBF. La raison : le fait que l'EMA a conclu "que le risque de Covid-19 grave" est "globalement beaucoup plus élevé que celui d'effets secondaires graves", selon le communiqué des autorités belges. Le vaccin de Johnson & Johnson est lui administré depuis fin avril, et sans limitation d'âge.

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En Italie, en Espagne, au Portugal, le vaccin d'AstraZeneca est réservé aux 60 ans et plus. C'était également le cas en Allemagne, qui a finalement décidé d'ouvrir ce vaccin pour tous les adultes, comme le ministre de la Santé Jens Spahn l'a annoncé le 6 mai dernier.

Deux pays font figure d'exception : le Danemark, qui ne préfère ne prendre aucun risque et a carrément abandonné le vaccin d'AstraZeneca, ainsi que la Norvège. Oslo a annoncé le 12 mai renoncer définitivement au vaccin d'AstraZeneca et réserver à l'avenir celui de Johnson & Johnson aux seuls volontaires. La Première ministre Erna Solberg a justifié ces mesures par les risques rares mais graves de complications après l'administration de ces vaccins. La Norvège avait suspendu le 11 mars l'utilisation du vaccin du laboratoire anglo-suédois et n'a pas commencé à déployer celui de Johnson & Johnson suspecté de déclencher, très occasionnellement, des effets secondaires similaires.

Spécificité du côté du Royaume-Uni : le comité scientifique supervisant la campagne de vaccination anti-Covid, le JCVI, a recommandé le 7 mai de limiter l'usage du vaccin d'AstraZeneca aux plus de 40 ans quand c'est possible, après le signalement de 242 cas de caillots sanguins, dont 49 décès. Soulignant que le risque est "extrêmement rare", le JCVI avait déjà conseillé en avril de n'administrer ce vaccin qu'aux plus de 30 ans lorsqu'un vaccin d'un autre fabriquant est disponible.