À quelques jours du coup de sifflet final de la primaire, les écologistes sont passés à deux doigts de ces psychodrames dont ils ont longtemps eu le secret. L'ultime débat de ce second tour entre les deux candidats, programmé vendredi matin sur BFMTV, a bien failli ne pas avoir lieu. À qui la faute ? Plusieurs caciques d'Europe écologie-les Verts n'ont pas attendu très longtemps pour désigner un responsable : "c'est Sandrine qui ne voulait pas du débat !". La réalité est plus complexe : les organisateurs de la primaire et Yannick Jadot souhaitaient s'en tenir à l'exclusivité négociée avec la chaîne LCI.

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Signe des temps chez les écologistes tant la candidate éco-féministe et ses méthodes agacent, mettent mal à l'aise voire fâchent depuis le début de la campagne. La première victime s'appelle Éric Piolle. Le 20 août dans Le Figaro, elle affirme avoir été bousculée par le maire de Grenoble, une agression qu'elle qualifie de "très violente" et qui dénote "un peu de fébrilité et de manque de confiance" de la part de Piolle. Celui-ci dément, dénonce une "pure invention" et Sandrine Rousseau finit par démentir. À en croire ses fidèles, Éric Piolle - défait au premier tour de la primaire - a été plus qu'échaudé par la méthode sa concurrente. Encore aujourd'hui, la direction du parti dit "regretter" que Sandrine Rousseau ne se soit jamais excusée pour ce mensonge.

"Le mensonge de Sandrine a cassé quelque chose"

Cette fausse mise en scène expose d'ailleurs Julien Bayou. Dans un message interne digne d'une plaidoirie sans fin, le patron des Verts dédouane Éric Piolle mais n'accuse pas pour autant Sandrine Rousseau. "Le mot d'ordre de la campagne, c'était d'éviter les coups bas. On devait montrer notre maturité mais le mensonge de Sandrine a cassé quelque chose", déplore aujourd'hui un cadre du parti. "Les journalistes étaient à l'affût du moindre clash, Sandrine le leur a offert sur un plateau d'argent. Sauf que c'était faux et Julien, en gardant quoiqu'il en coûte le cap de la cohésion familiale, s'est un peu ridiculisé dans l'affaire. Sandrine lui a fait perdre de l'énergie et je pense qu'il lui en veut".

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Autre scène, autres victimes. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Léa Balage El Mariky, ex-directrice de campagne de Julien Bayou pendant les régionales, a dénoncé les pressions du clan Rousseau sur les femmes d'EELV afin que ces dernières votent pour la candidate si elles sont de véritables féministes. "Personne n'a le droit de se sentir menacé avant d'exprimer son choix démocratique", écrit-elle. Des soubresauts de campagne loin d'être anecdotiques à en croire une source au sein d'EELV qui assure que plusieurs militantes ont rapporté des pressions similaires de la part de sympathisants de Rousseau.

Gilets jaunes

Ce n'est pas qu'une question de comportement, le problème touche aussi la doctrine d'EELV. Sandrine Rousseau "surjoue" la radicalité, dixit l'ancien secrétaire national d'EELV David Cormand. "Je préfère des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR", affirme la candidate, laissant ses concurrents et bien des responsables écologistes étonnés voire embarrassés. Quand l'économiste propose une augmentation du prix de l'essence de 6 et 10 centimes le litre par an, pendant les 5 ans de son quinquennat, EELV fait la moue. "Le prix de l'essence, c'est quelque chose qu'il faudra évidemment mettre sur la table mais la clef c'est l'accompagnement. Elle a oublié les gilets jaunes ? Elle est dans une ligne très punitive tout de même...", ronchonne-t-on chez les écologistes.

Entre-deux tours oblige, le ton entre les candidats écologistes a changé. Exit les amabilités de façade, les franches rigolades en plein débat télévisé. Entre Sandrine Rousseau et Yannick Jadot, les échanges apparaissent bien moins cordiaux. Et les entourages se crispent dans le concours du "le plus radical, c'est moi". "Je ne pense pas que la posture choisie par Sandrine Rousseau dans ce second tour, c'est-à-dire chercher à cliver en permanence sur tous les sujets, serve l'écologie au moment où l'on souhaite rassembler et parler au plus grand nombre", ose ouvertement Matthieu Orphelin, député écologiste (ex-LREM) et soutien de Yannick Jadot.

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Une chose est sûre, Jadot et Rousseau "ne partiront pas en vacances ensemble", s'esclaffe un écologiste. Mais partiront-ils en campagne présidentielle l'un pour l'autre ? Jadot derrière Rousseau, Rousseau derrière Jadot... C'est la règle édictée par les organisateurs de la primaire, signée et approuvée par les candidats. Mais autour de Yannick Jadot, plus la fin de la primaire approche, plus on doute de la loyauté de Sandrine Rousseau.