Elle est sûrement la plus connue des trois nouveaux entrants au gouvernement. Mais parfois plus pour des casseroles que pour des faits de gloire. Atypique, d'une loyauté combative, la conseillère presse d'Emmanuel Macron, Sibeth Ndiaye, est devenue dimanche porte-parole du gouvernement en remplacement de Benjamin Griveaux.

Ce lundi matin à la sortie de son premier conseil des ministres, elle a eu l'occasion de se justifier de propos désormais célèbres, rapportés dans L'Express en juillet 2017, dans lesquels elle affirmait qu'elle "assum[ait] parfaitement de mentir pour protéger le président". Sans nier avoir tenu ce propos, elle explique : "Ce sont des paroles tronquées, qui ont été sorties de leur contexte. [...] Mon rôle à cette époque-là était de protéger la vie privée du président... Aujourd'hui, en tant que ministre, j'assume mon [nouveau] rôle de porte-parole. Mon engagement est de refléter l'action du gouvernement... J'espère que vous me jugerez sur mes propos, pas sur ceux qu'on me prête".

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La nomination surprise de Sibeth Ndiaye, 39 ans, est une récompense éclatante pour celle que beaucoup donnaient partante de l'Elysée, pour cause de choix de communication contestés et de chute du président dans les sondages. Qui est cette proche de la première heure d'Emmanuel Macron et la dernière du premier cercle à quitter l'Elysée ?

Un long parcours à gauche

Native de Dakar, naturalisée en 2016, cette franco-sénégalaise est entrée à l'Elysée avec le président de la République en tant que conseillère pour la presse, après avoir occupé la même fonction quand il était ministre de l'Economie.

Auparavant, elle avait tenu ce rôle auprès de Claude Bartolone, alors président du conseil général de la Seine-Saint-Denis, puis auprès d'Arnaud Montebourg à Bercy sous le mandat de François Hollande. Cet engagement à gauche prend racine à l'Unef, où elle milite au début des années 2000. Elle a également été encartée au Parti socialiste, en réaction à la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle de 2002.

Elle a aussi, comme beaucoup de piliers de la campagne d'Emmanuel Macron, participé à la campagne de Dominique Strauss-Kahn pour les primaires socialistes en 2006. C'est là qu'elle a notamment rencontré Cédric O, qui vient d'entrer lui aussi au gouvernement, Stanislas Guerini, futur délégué général de LREM, Ismaël Emelien, futur (et désormais ex) conseiller d'Emmanuel Macron à l'Elysée, ou encore Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement jusqu'à jeudi dernier.

Fidèle parmi les fidèles de Macron

Sibeth Ndiaye est aux côtés d'Emmanuel Macron depuis les prémisses d'En Marche! en 2016. Elle est aussi la seule femme de l'équipe de campagne à remonter le tapis rouge avec les "cadors de la Macronie" le jour de l'investiture d'Emmanuel Macron à l'Élysée.

Le grand public la découvre dans le documentaire de Yann L'Hénoret Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire où on la voit omniprésente, défendant son candidat bec et ongles. À l'Elysée, elle conserve le rôle de conseillère presse elle contrôle d'une main de fer le service communication.

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Elle fait partie des "Mormons", ce petit groupe de quadras et trentenaires qui ont accompagné Emmanuel Macron dans sa quête de l'Elysée. Tous sont partis ces derniers mois, l'un après l'autre, à l'instar du secrétaire d'Etat Benjamin Griveaux, et des conseillers Ismaël Emelien et Sylvain Fort. Elle était la dernière à être toujours à l'Elysée.

Un langage fleuri avec les journalistes

Sibeth Ndiaye est aussi, voire surtout, connue pour son "franc-parler" et ses propos parfois agressifs envers les journalistes. Dans Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire, on la voit ainsi appeler un journaliste des Inrocks au sujet d'une interview du candidat et lui faire part de son opinion quant à son travail : "Putain, faites votre boulot les gars aussi. Non mais là, ça me saoule. Franchement, là, je suis saoulée. C'est pas du travail de journaliste, c'est du travail de sagouin ! C'est pour ça que je suis un peu vénère", lance-t-elle au journaliste au bout du fil.

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À l'Express, elle assurait aussi : "nous appelons les médias quotidiennement quand on a des divergences d'interprétation", manière à peine voilée d'expliquer que l'équipe de communication s'immisçait dans le travail des journalistes.

Elle a aussi incarné le bras de fer entre les médias et l'Élysée en défendant le déménagement de la salle de presse à l'extérieur du Palais, rompant ainsi avec une pratique vieille de 40 ans.

Une com' de combat et des casseroles

Elle ne s'en est jamais cachée, elle est partisane d'une communication de combat, voire provocatrice, adepte des réseaux sociaux plutôt que des médias traditionnels. C'est elle qui poste sur son compte Twitter la vidéo d'Emmanuel Macron déclarant que les aides sociales coûtent un "pognon de dingue", et qui a coûté cher au président en termes d'image.

"Je vais faire un constat qui est de dire : on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif", y déclare notamment Emmanuel Macron. Il ajoute également : "On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s'en sortent pas. Les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres".

Elle avait aussi provoqué la polémique lorsque Le Canard enchaîné a révélé en juin 2017 que Sibeth Ndiaye aurait écrit au sujet de la mort de Simone Veil "yes la meuf est dead" ; ce qu'elle a contesté.

"Ce ministère vous est ouvert : souvent considéré comme celui de la parole, je veux d'abord qu'il soit celui de l'écoute", a tweeté la nouvelle porte-parole du gouvernement ce lundi. Jusqu'ici femme de l'ombre, elle devra désormais défendre publiquement les choix du président et du gouvernement. Et certainement museler sa communication musclée.