Dimanche soir, il y avait dans les discours des socialistes et écologistes une petite musique qui n'était pas sans rappeler la bonne époque de L'Ecole des fans. "Tout le monde a gagné "... mais à sa façon. Quoi de plus attendu ? De part et d'autre de ce bloc social et écologique, on donnait à ce premier tour des élections locales, permettant de "se compter", des allures de premières primaires pour 2022 : qui des deux pourra revendiquer la meilleure dynamique ? Qui pourra prétendre au rôle de locomotive dans cette union de la gauche que les deux formations appellent de leurs voeux ?

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Résultat des courses ? Eh bien, personne n'est beaucoup plus avancé. Primo, car le taux d'abstention historique lors de ce scrutin ne permet pas de faire sérieusement des plans sur la comète. Secundo, car chacun a des raisons d'être satisfait. Froidement, le PS paraît être celui qui tire le plus son épingle du jeu : profitant d'une forte prime aux sortants, les présidents socialistes semblent tous bien partis pour être réélus sans trop d'embarras.

Lundi matin, sur France Inter, le premier secrétaire, Olivier Faure, était convaincu d'avoir pris le point : "Il y avait huit régions dans lesquelles les socialistes et les écologistes n'étaient pas en accord au premier tour, et l'essentiel de ces primaires, puisque vous les appelez ainsi, a été gagné par les socialistes." En bon "parti de gouvernement", le PS peut s'appuyer sur sa capacité à décrocher des victoires et diriger de grands exécutifs. De ce point de vue, les Verts ont encore un retard non négligeable. "Ils n'ont pas fait leur mue : demander à leur copain de se couper les cheveux et de mettre une cravate, ça ne suffit pas", persiflait-on dans l'entourage de Faure quelques minutes avant les résultats.

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Il n'empêche que, avec ce nouveau style, le patron d'Europe Ecologie - Les Verts, Julien Bayou, s'est retrouvé en tête des gauches en Ile-de-France et est désormais chargé de mener la campagne des trois listes (EELV, PS, LFI) fusionnées dès le lendemain du premier tour. Sans doute le succès le plus attendu du côté des écolos, qui peuvent également se targuer d'avoir surclassé les socialistes partout où ils n'étaient pas sortants, en Pays de la Loire comme en Auvergne-Rhône-Alpes. Mieux, dans les deux premiers cas, ils espèrent même battre la droite et emporter la région. De quoi rebattre les cartes sérieusement pour le leadership à venir.

Hidalgo, grande perdante à gauche ?

Mais, des deux côtés, il existe aussi quelques perdants. Quelques perdantes, plutôt. Paradoxalement, alors qu'elle était la seule à avoir réuni toutes les gauches (EELV, PS, LFI, PCF...) derrière elle au premier tour, l'écologiste Karima Delli n'a engrangé que 19 % des voix dans les Hauts-de-France pour une troisième place décevante. Une preuve que la sacro-sainte union des gauches n'est pas toujours synonyme de performance électorale. Il en va de même pour l'écolo Jean-Laurent Felizia en Paca (16,9 %), soutenu par le même attelage partisan - duquel était absente La France insoumise. Et si, à l'échelle nationale, les Verts vont sans doute doubler leur nombre d'élus régionaux, ceux-ci sont partis de tellement loin après leur grosse déconvenue de 2015 que cela ne suffira pas pour peser dans la balance.

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Le contrecoup le plus cinglant est sans nul doute pour une socialiste... qui n'était même pas candidate. Anne Hidalgo, en pleine gestation de sa candidature pour la présidentielle, comptait sur Audrey Pulvar pour prolonger la dynamique initiée lors des municipales et démontrer que, sous son impulsion, la gauche francilienne était avant tout rose. Pari raté. L'ex-journaliste ne s'est classée que cinquième avec 11 % des suffrages.

Un vrai camouflet pour celle qui avait poussé, voire imposé, son adjointe à la tête de la liste socialiste, comme le confiait un ténor parisien quelques jours avant le scrutin : "Audrey procède directement des ambitions d'Anne : si elle fait un mauvais score, on ne pourra pas expliquer qu'Hidalgo n'a aucun rapport avec ça." Il n'est pas impossible que, à l'automne, après les primaires écologistes, lorsque les vraies tractations commenceront pour dégager un candidat commun, Anne Hidalgo soit renvoyée à son échec francilien. Et il y a fort à parier que ce seront les sondages qui, en dernier lieu, serviront de juge de paix.