Interrogés quelques jours avant le scrutin sur leurs pronostics, les candidats à la primaire écologiste se gardaient bien de donner le tiercé gagnant. Les anciens d'Europe Ecologie-Les Verts aussi doutaient de tout. Prudents ? Froussards ? Non, plutôt déconnectés. Une lame de fond a traversé le parti en cinq ans. Les sympathisants et militants ont nettoyé - récuré, voire - les écuries d'EELV. Un à un, ceux qu'on présentait comme favoris ont été écartés. La dernière victime s'appelait Cécile Duflot, en 2016. Et si la prochaine était Yannick Jadot ?
La situation est tragi-comique pour l'ancien de Greenpeace qui arrive pourtant premier avec 27,81 % des voix. Lui qui avait réveillé les ambitions écologistes en offrant à EELV la troisième place aux dernières européennes se retrouve aujourd'hui dans l'inconfortable position de dauphin sans royaume. "S'il n'arrive pas largement en tête au premier tour, il est cuit", promettait un de ses soutiens quelques jours avant le vote. Yannick Jadot avait besoin de "tuer le match", il ne l'a pas fait. Pusillanime, son entourage veut malgré tout calmer les oiseaux de mauvais augure : "Nous n'avons jamais pensé que l'affaire serait réglée simplement. Ceux qui oublient le second tour aujourd'hui sont-ils les mêmes qui juraient qu'il serait éliminé dès le premier tour car il apparaissait comme le favori ?"
Blitzkrieg médiatique
Face à lui, la surprise Sandrine Rousseau et ses 25,05 %. "Je suis l'élément imprévu de cette campagne", pariait l'autoproclamée écoféministe. Entre elle et Yannick Jadot, seulement 2733 voix d'écart. En menant une campagne aux airs de Blitzkrieg médiatique, elle a imposé en catimini un duel inéluctable avec Yannick Jadot. Un affrontement entre une écologie radicale - mâtinée d'un féminisme tout aussi radical - aux promesses clinquantes (le prix du carbone à 200 euros la tonne) et une écologie "d'accompagnement", trop modérée pour bien des militants "pur jus" d'EELV.
Trois jours avant le premier tour, Matthieu Orphelin osait, lui, un pari : "Je sens qu'Éric Piolle est en train de baisser. Sandrine Rousseau va le doubler." Bingo, ou presque, pour le député ex-LREM et soutien de Yannick Jadot. C'est une véritable douche froide pour l'édile du scrutin qui arrive quatrième (22,38 %) et avant dernier du scrutin. Une défaite qui sonne d'autant plus le glas pour le parti et ses cadres qui avaient fait du maire de Grenoble leur "chouchou". Même Delphine Batho, la dame venue des rangs du PS qui prônait autant que faire se peut "la décroissance" lui vole la vedette.
Le choix de la radicalité
C'est là l'enseignement de ce premier tour de la primaire écologiste. Julien Bayou, le secrétaire national du parti, n'avait qu'un mantra tout au long de la campagne : "tenir bon dans l'adversité". Il n'en sera rien. À trop vouloir le désir d'unité, c'est la division qui guette EELV. 50 402 des quelque 122 000 inscrits ont fait le choix d'une double radicalité : la décroissance de Batho sur la petite marche du podium et, sur la deuxième, une écologie peu au clair avec l'universalisme et qui s'acoquinerait volontiers avec les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon.
Le coup de force des deux lignes radicales chacune à leur manière au soir de ce premier tour laisse à penser que les reports de voix ne jouent pas en faveur de Yannick Jadot. L'avertissement est d'autant plus sévère pour l'euro-député que Delphine Batho, dont la ligne sur les questions républicaines est aux antipodes de celle d'une Sandrine Rousseau, a préféré ne pas donner de consigne de vote pour le second tour. Éric Piolle, qui partage bien des positions avec Yannick Jadot sur les questions purement écologistes, non plus. Et ce malgré son altercation avec Sandrine Rousseau en marge des journées de rentrée d'EELV à Poitiers.
Un premier tour plutôt conforme à l'histoire d'Europe Ecologie-Les Verts donc : comme en 2002 et en 2012, les écologistes refusent d'ouvrir trop largement la voie à la ligne modérée tant cela risque de froisser les leurs. Un choix qui n'est pas sans rappeler, aussi, le virage pris par les socialistes avec Benoît Hamon lors de la dernière élection présidentielle, en 2017, avec le résultat que l'on connaît pour le PS.
