La bataille, souterraine depuis des mois, est officiellement lancée chez les écologistes. L'eurodéputé EELV Yannick Jadot a annoncé mercredi sa candidature à la présidentielle 2022, au lendemain de celle du maire de Grenoble Éric Piolle, qu'il affrontera dans une primaire des écologistes fin septembre, en même temps que l'ex-numéro deux des Verts Sandrine Rousseau." Je veux mettre l'écologie au coeur du pouvoir" et "construire une équipe de France de l'écologie", a-t-il déclaré au JT de 20 heures de TF1. Depuis plusieurs semaines, l'entourage du député européen ne faisait pas mystère de sa volonté de se lancer dans la course à l'Elysée, mais il souhaitait attendre la fin des élections régionales pour se déclarer.
Le maire de Grenoble Éric Piolle, son principal concurrent, l'a pris de court en se déclarant la veille. De son côté, la féministe écolo Sandrine Rousseau avait annoncé sa candidature depuis plusieurs mois. "Je suis candidat à l'élection présidentielle parce que j'aime la France, sa diversité" et "que face au dérèglement climatique et aux injustices sociales, on ne peut plus tergiverser", a déclaré Yannick Jadot, ancien responsable de Greenpeace France, qui s'était effacé derrière le candidat PS Benoît Hamon à la présidentielle de 2017. Pas question de refaire la même chose cette fois-ci.
Dans une interview publiée également mercredi soir dans L'Obs, il se dit "convaincu qu'un projet écologiste, social, républicain peut gagner en France en 2022". Il prévoit de se plier au jeu de la primaire écologiste, dont il loue le "mode de désignation transparent", et soutiendra le gagnant de cette élection en interne. L'homme politique "veut croire que celles et ceux qui participeront à ce processus de désignation choisiront la personne qui peut rassembler le plus largement", pour ne pas reproduire le schéma de l'élimination de Nicolas Hulot, en 2011, au profit d'Eva Joly, qui n'a recueilli que 2,31% des voix à la présidentielle de 2012.
"Un revenu de transition"
"Notre objectif, ce n'est plus de battre le score de Noël Mamère (5,25% en 2002), mais de gagner la présidentielle, de battre Emmanuel Macron et Marine Le Pen", insiste-t-il. Interrogé sur Anne Hidalgo, potentielle candidate socialiste, il estime "qu'il faudra construire avec tous les progressistes une candidature de rassemblement et un contrat de gouvernement". Coincés dans des alliances de circonstances lors des régionales, les verts et les socialistes n'ont pas attendu longtemps avant de reprendre les hostilités. "La réalité, c'est qu'il y a un plafond de verre, peut-être même un plafond Vert. [...] [Les Verts] n'ont pas atteint la crédibilité nécessaire pour concourir de manière victorieuse à une échéance de cette nature", a déclaré lundi Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, sur RMC.
Si les concurrents ne manquent pas, Yannick Jadot fourbit ses armes. Déclinant plusieurs pans de son projet dans l'Obs, Yannick Jadot propose notamment "un plan de relance à 50 milliards d'euros par an", dont "la moitié sera dédiée à la reconstruction verte de l'économie, l'autre moitié ira à la réparation de la société". "Dans les secteurs qui seront percutés par la transformation écologique, je mettrai en place un revenu de transition", pour les salariés de l'automobile ou de l'aéronautique par exemple, explique-t-il. Il promet aussi de "revenir sur un certain nombre de lois qui ont atomisé le marché du travail et mis les salariés en grande difficulté", et "sur la réforme très injuste de l'assurance-chômage si elle devait aboutir".
Jadot-Piolle : deux discours différents
"Chaque euro d'argent public devra être conditionné à l'impératif climatique, à la justice sociale et à l'égalité femme-homme", insiste-t-il également. Le député européen prévoit également de "revenir" sur l'idée d'une "taxation sur le carbone", qui avait provoqué la crise des gilets jaunes. Partisan d'un "revenu citoyen", dont le socle "s'établirait à 660 euros par mois, pour tous les jeunes et les personnes en difficulté", il souhaite "qu'il soit porté progressivement à 860 euros", au niveau du seuil de pauvreté. Défenseur d'une écologie au-delà du clivage droite/gauche, le député européen s'élance alors que son entourage avait confié mardi qu'il ne se laisserait pas dicter le "tempo" par Éric Piolle.
Alors que le maire de Grenoble a été constant dans ses prises de position, Yannick Jadot a régulièrement tendu la main à l'électorat centriste. A tel point que ses adversaires l'appellent parfois "realo" ou "Vert allemand" - un terme péjoratif pour l'aile gauche du parti écologiste. Par ailleurs, une différence sur le fond sépare Yannick Jadot, qui évoque souvent les innovations des entreprises prêtes à s'engager dans la transition écologique, et Éric Piolle, qui insiste sur un discours social en parlant de "couvercle" à poser sur "les puissances de l'argent".
Côté notoriété, l'avantage est à l'ancien responsable de Greenpeace France. "On n'est pas favoris", concède David Cormand, soutien d'Éric Piolle. Mais celui-ci est plus proche du "barycentre" idéologique du parti, porté sur les luttes sociales et sociétales, estime l'ancien élu Vert. En revanche, Yannick Jadot a surpris EELV en réunissant en avril, des responsables de gauche en vue de 2022, subtilisant le thème du rassemblement prôné par Éric Piolle et s'attirant la sympathie de l'aile gauche écologiste.
