Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant s'explique ce vendredi dans Libération sur ses relations avec les trois hommes de l'ombre de la droite impliqués dans différentes affaires de financements occultes. Robert Bourgi, l'avocat porteur de valises de billets venues d'Afrique, Ziad Takieddine, soupçonné de percevoir des commissions occultes dans des contrats avec les pays arabes, et Alexandre Djouhri, à qui on prête un rôle dans de nombreux contrats industriels.
Tous sont "d'honnêtes hommes", explique le ministre de l'Intérieur. "Je les connais, je vous l'ai dit. Mais je ne les connais pas par les travers que certains leur prêtent."
"Il est arrivé à Takieddine de me téléphoner"
Concernant Ziad Takieddine, Claude Guéant se montre prudent. Mis en examen ce mercredi pour des malversations présumées dans le cadre de deux contrats d'armement- dont l'un est lié à l'affaire de l'attentat de Karachi-, sur fonds de soupçons de financements illicites de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, l'homme d'affaire franco-libanais apparaît de moins en moins fréquentable. Claude Guéant l'a compris.
"C'est vrai que concernant Takieddine, il apparaît aujourd'hui qu'il a fait des choses que la loi et la morale réprouvent, mais pour les autres, je ne dirais pas qu'ils sont 'peu recommandables' parce que je ne le sais pas", poursuit le ministre.
Selon certains médias, l'aide de Ziad Takieddine aurait permis à la France d'obtenir la libération des infirmières bulgares en Libye en 2007 en échange de promesses de coopération et de contrats financiers. A ce propos, Claude Guéant se défend: "Pendant l'affaire des infirmières Bulgares, il est arrivé à Takieddine de me téléphoner (...). Mais la libération des infirmières a eu lieu en direct, sans intermédiaire."
"Djouhri, c'est quelqu'un qu'il est intéressant d'écouter"
Claude Guéant explique également avoir rencontré l'homme d'affaires Alexandre Djouhri en 2006, un an après Ziad Takieddine, et l'avoir ensuite rencontré "sur un rythme mensuel". "C'est quelqu'un qu'il est intéressant d'écouter... ou plutôt d'entendre", explique-t-il."Je ne connais pas tout de lui, mais j'ai des relations amicales avec lui", prend-il soin de préciser. "C'est quelqu'un de très séduisant. Intéressant."
Le ministre de l'Intérieur dit "ignorer" le rôle d'Alexandre Djouhri dans l'affaire Clearstream et ne voit pas en lui un homme malhonnête: "Il est né dans une banlieue pauvre et il est devenu riche. Ca ne suffit pas à en faire quelqu'un de sulfureux", selon lui.
"Bourgi, je le voyais parce que c'était un bon connaisseur de l'Afrique"
Le ministre de l'Intérieur revient sur ses relations avec l'avocat Robert Bourgi, qui a accusé Jacques Chirac et Dominique de Villepin d'avoir reçu par son intermédiaire des fonds occultes africains.
"Oui, je le voyais quand j'étais à l'Elysée" comme secrétaire général (entre 2007 et février 2011), "parce que c'était un bon connaisseur de l'Afrique", reconnaît Claude Guéant qui précise avoir contacté l'avocat depuis ses révélations.
"J'ai essayé de comprendre sa démarche. Il m'a expliqué qu'il était animé par des considérations personnelles", selon Claude Guéant.
Le ministre de l'Intérieur a par ailleurs qualifié de "scandaleuses" les accusations de l'ancien conseiller de Jacques Chirac pour l'Afrique, Michel de Bonnecorse, selon lequel Robert Bourgi a remis des fonds occultes africains à Nicolas Sarkozy dans la perspective de l'élection présidentielle de 2007. Ces accusations sont portées par le diplomate dans l'ouvrage de Pierre Péan "La République des mallettes".