L'heure des comptes est enfin venue, mais les retraites qui s'invitent à l'audience ont réduit cette dernière au strict minimum. C'est en tout cas la cohue, au deuxième étage du tribunal judiciaire de Paris, mais les dizaines de reporters présents réussissent à s'asseoir. Certains sont arrivés dès midi pour une audience débutant à 13h30.
Deux journalistes du Canard enchaîné, dont les révélations sont à l'origine de l'affaire, sont dans la salle. De nombreux médias étrangers ont fait le déplacement. Une jeune imprudente a fait une photo avec son portable, elle est sermonnée par un gendarme; la représentante du parquet national financier qui accompagne la presse dans la salle rappelle à haute voix que la loi interdit la prise de clichés et de vidéos. Rires, alors que les images intimes de Benjamin Griveaux ont - momentanément - quitté la Une de l'actualité.
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Mais voilà que s'avance le couple Fillon. L'ancien Premier ministre a les mâchoires serrées, mais il se déride lorsque, assis au premier rang aux côtés de son avocat Antonin Lévy, il échange avec lui quelques mots qui les font rire. Elégante, Pénélope Fillon a enfilé un tailleur-pantalon noir sur un chemisier blanc. Elle a posé une écharpe marron assortie à son sac. De dos, son long casque de cheveux gris ne laisse aucune mèche dépasser.
Trois témoins proches de Fillon
C'est en dernier qu'arrive un grand escogriffe, l'ancien suppléant de François Fillon, Marc Joulaud, précédé de son conseil Jean Veil. Il dépasse son ex-patron d'une grosse tête. Fillon ne quitte pas son siège au moment de le saluer ; lassitude ou dédain, on ne saura pas. Sa femme, elle, s'est levée d'un pas enjoué.
La présidente Nathalie Gavarino, cheveux courts et lunettes carrées, rappelle les règles de l'audience d'un ton assuré teinté d'un léger accent : pas de photo ni d'enregistrement au cours de l'audience, le live tweet est autorisé pour la presse, les téléphones portables doivent être placés en mode silencieux. Des mots presque dérisoires quand on se souvient qu'en 2017, l'homme en gris assis au premier rang était le candidat le mieux placé pour remporter l'élection présidentielle.
Deux témoins se présenteront pendant le procès, et comme le veut la règle ils sont présents dans la salle dès l'ouverture de l'audience. L'ancien conseiller historique de Fillon, fidèle parmi les fidèles depuis 1991, Igor Mitrofanoff, et son ex-assistante, Sylvie Fourmont, seront questionnés sur leur ex-patron et l'existence - ou pas - de la relation professionnelle entretenue avec sa femme. Un troisième témoin reste à disposition de la justice : Pierre Molager, autre proche de Fillon - il a travaillé à ses côtés depuis 1996.
Pas de traducteur pour Pénélope Clarke
C'est l'heure pour les prévenus de décliner leur identité et date de naissance. Le trio s'est avancé vers la barre et Pénélope Fillon, au centre, ouvre le bal. Répondant à la question de la présidente, Madame née Clarke à Abergavenny (Royaume-Uni) ne souhaite pas être assistée d'un traducteur.
Mais en cinq minutes ou presque, l'audience est suspendue. Antonin Lévy s'est levé pour demander le renvoi de l'audience car la réforme des retraites "pose un problème à l'accès au droit des justiciables". C'est un "sujet sensible pour le barreau", ajoute-t-il. La demande est symbolique: il s'agit de repousser de seulement 48 heures le début du procès, qui est censé se terminer le 11 mars. Pierre Cornut-Gentille, pour Pénélope Fillon, Jean Veil, au nom de Marc Joulaud, et même Yves Claisse, qui représente l'Assemblée nationale, partie civile, qui demandera plus de un million de dommages et intérêts en cas de condamnation, s'associent à sa demande.
Le parquet - constitué pour l'occasion de deux substituts - s'en remet à la sagesse du tribunal. La présidente suspend, puis revient dans la salle. L'audience est renvoyée à mercredi 26 février. Alors le procès entrera, après l'examen d'une question prioritaire de constitutionnalité, dans le dur des soupçons d'emplois fictifs.
