C'est un refrain régulièrement entendu dans le petit monde de l'énergie. Derrière chaque opération coup de poing de Greenpeace, derrière chacune de ses campagnes visant TotalEnergies, EDF ou Orano se cacheraient en réalité de puissants intérêts étrangers, s'efforçant de saper la crédibilité des industriels français du pétrole ou du nucléaire. Sur le papier, la thèse est aussi électrisante qu'un roman de John Le Carré. Dans les faits, aucune preuve n'a jusqu'ici permis de l'étayer. Mais qu'importe ! L'histoire intrigue, et continue de circuler... Comme un condensé des fantasmes entourant l'action de certaines ONG.

LIRE AUSSI : Comment l'ONG Zero Waste a coconstruit la loi anti-gaspillage

Soyons clair : si ce genre d'anecdote prospère, c'est que l'instrumentalisation des organisations non gouvernementales au service d'intérêts politiques, économiques ou financiers est une réalité. Dans un pays comme les Etats-Unis, elle est même totalement décomplexée : les ONG y sont perçues par les entreprises ou le grand public comme des lobbys parmi d'autres.

En France, l'approche est plus naïve, plus ambiguë aussi. Tout se passe comme si la noblesse des combats menés dotait chacune des ONG d'un totem d'immunité interdisant de leur demander des comptes, de questionner leurs méthodes ou leurs financements. Interrogations légitimes, pourtant, lorsqu'on découvre l'influence exercée par certaines d'entre elles dans les médias, auprès de l'opinion publique et au sein même de l'appareil d'Etat. Le premier classement Plead-L'Express des ONG les plus influentes de France permet de prendre la mesure de leur rôle dans le débat public. Au même titre que les syndicats, les organisations professionnelles et tous les corps intermédiaires assimilés à des lobbys, qui sont soumis depuis des années à des règles de transparence financière, il faut absolument fixer des contraintes aux ONG, pour traquer leurs conflits d'intérêts potentiels, sourcer systématiquement leurs travaux et les obliger à afficher leurs objectifs. Un impératif en ces temps nouveaux de majorité relative, qui poussera l'exécutif à d'innombrables contorsions et à des compromis : le contexte idéal pour les lobbyistes de tout poil. Or, au Parlement, on sait désormais que les ONG se sentent un peu comme chez elles...