Outre-Manche, son départ de l'organisation écologiste Extinction Rebellion (XR) avait fait grand bruit en 2019. Farouche défenseuse de l'environnement et la lutte contre le changement climatique, Zion Lights a quitté son poste de porte-parole du mouvement de désobéissance civile après un profond désaccord sur la question du nucléaire. Trois ans plus tard, celle qui a fondé le mouvement Emergency Reactor dresse un constat amer du fonctionnement de certaines ONG écologistes.
L'Express : Quel a été le facteur déclenchant de votre départ d'Extinction Rebellion ?
Zion Lights : Je tiens juste à préciser qu'Extinction Rebellion ne se considère pas comme une ONG par rapport à d'autres organisations plus institutionnelles. Je suis partie après une apparition dans l'émission The Andrew Neil Show en octobre 2019. Un épisode vu par des millions de personnes, car il se déroulait pendant l'un des blocages d'Extinction Rebellion à Londres. Le présentateur m'a demandé ce qui, selon les XR, devrait remplacer le gaz comme source d'énergie. A titre personnel, je considérais déjà le nucléaire comme une solution pertinente. J'avais déjà quitté le parti des Verts, très vocalement, à cause de leur dogme antinucléaire, des années auparavant. Mais en tant que porte-parole de l'organisation, il m'était impossible de m'inscrire publiquement en faveur de l'énergie nucléaire. Je me suis sentie frustrée, et j'ai compris en studio que je ne pouvais plus parler au nom de ce groupe.
Trois ans après, quel constat dressez-vous de votre expérience au sein de cette organisation ? Vous soulevez l'idée d'un tabou ou de choses qui ne peuvent être mises en débat. Une forme d'aveuglement idéologique.
D'après mon expérience, toutes les organisations écologistes versent dans l'idéologie de façon coupable. J'ai été membre de plusieurs d'entre elles, et j'ai toujours trouvé cela vrai. J'ai quitté le parti Vert après un événement lors duquel une de mes questions à un intervenant sur l'énergie nucléaire a été censurée par les organisateurs. Chez XR, lorsque j'ai exprimé mon point de vue sur le nucléaire, j'ai été sévèrement attaquée. Le débat sur certains sujets n'était tout simplement pas autorisé. S'y essayer, c'était s'exposer à des brimades et au risque d'exclusion.
Sur des sujets comme celui du nucléaire, certaines ONG véhiculent des fake news. Est-ce à cause d'un manque de culture scientifique sur ces sujets, ou là encore de façon très consciente pour coller à leur idéologie ?
Il y a un mélange de personnes qui croient et répètent ce qu'on leur a dit - moi-même je me suis trouvée dans cette position en utilisant les arguments antinucléaires pendant de nombreuses années -, et certaines personnes qui n'hésitent pas à tromper délibérément leur audience. Ces voix sont très puissantes, mais elles ne sont pas si nombreuses aujourd'hui. Par ailleurs, vous citez les fake news, mais d'autres méthodes existent pour asseoir l'argumentaire des ONG, comme le cherry picking. Les XR, par exemple citent toujours les rapports du Giec. C'est grâce à ces rapports que nous savons que le changement climatique est causé par l'homme. J'ai fait remarquer à mes collègues militants de XR que le rapport 2018 du Giec contient une section sur l'atténuation, rédigée par le groupe de travail III, qui présente quatre voies de décarbonisation, toutes impliquant une quantité substantielle d'énergie nucléaire. Systématiquement, on m'a rétorqué que ces scientifiques avaient été payés par l'industrie nucléaire pour mentir. Je répondais que ce sont ces mêmes scientifiques qui ont signé l'ensemble du rapport. L'idéologie peut rendre les gens aveugles à la raison.
Avec le recul, diriez-vous que les ONG sont toujours un outil utile pour la démocratie ? Et si oui, que faut-il changer dans leur fonctionnement ?
Les groupes de défense de l'environnement ont accompli beaucoup de choses. Mais je pense qu'ils ont échoué sur le plus grand problème environnemental qui soit : le changement climatique. En protestant et en faisant pression contre l'énergie nucléaire, ils ont contribué au réchauffement. Il existe également d'autres exemples de projets où des idées bien intentionnées, comme la plantation d'arbres, se sont en fait retournées contre eux parce qu'il s'agissait d'espèces inadaptées à l'environnement ou incapables de survivre en raison du manque d'eau, etc. Plus que tout, ces groupes doivent désormais s'appuyer sur des preuves scientifiques. C'est pourquoi j'ai créé Emergency Reactor, un groupe d'action climatique pronucléaire engagé dans un discours proscience. Avoir de bonnes intentions ne suffit pas lorsqu'il s'agit de lutter contre le changement climatique. Si ces groupes ne changent pas leur idéologie pour se concentrer sur la science, ils risquent de nuire davantage à notre planète qu'ils ne contribueront à la sauver.
