C'est l'un de ces repas dont Paris a le secret. Nous sommes le lundi 24 avril 2017, la veille s'est tenu le premier tour de l'élection présidentielle. Emmanuel Macron, arrivé en tête avec 24% des suffrages, s'apprête à devenir le chef de l'Etat puisqu'il doit affronter au second tour Marine Le Pen (21,3% des voix) et qu'il incarnera le front républicain. Le dimanche soir a eu lieu le fameux dîner de la Rotonde : le candidat a salué les petites mains de sa campagne et partagé un moment avec des personnalités aux profils divers : des responsables politiques, comme Gérard Collomb ou Daniel Cohn-Bendit ; l'ancien conseiller spécial de François Mitterrand Jacques Attali ; la chanteuse Line Renaud ; les écrivains Erik Orsenna et Philippe Besson ; les acteurs Pierre Arditi et François Berléand, l'animateur Stéphane Bern. Et Olivier Duhamel.

Le lundi, à l'heure du déjeuner, ils sont quatre autour de la table. Brigitte Macron sera bientôt première dame. Brigitte Taittinger est encore directrice de la stratégie et du développement de Science Po et déjà "la confidente de la République", selon l'expression utilisée par son mari, Jean-Pierre Jouyet, dans son livre L'Envers du décor (Albin Michel) - François Hollande nota lorsqu'il lui remit les insignes de chevalier de la Légion d'honneur qu'elle savait obtenir "confidences des femmes et confiance des hommes, voilà qui ne manque pas de singularité".

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Frédéric Mion, pour sa part, dirige l'Institut des études politiques de Paris. Les repas qu'il organise chez lui sont souvent des moments de rencontres qui comptent dans le paysage politique. Dans L'Ange et la bête, les "mémoires provisoires" que Bruno Le Maire publie ce jeudi chez Gallimard, le ministre de l'Economie raconte à propos d'Emmanuel Macron : "Notre première rencontre avait eu lieu en 2014, lors d'un dîner au domicile de Frédéric Mion. [Macron] était alors secrétaire général adjoint de l'Elysée et j'étais en pleine campagne pour la présidence de ce qui était alors l'UMP. Il avait été charmant, séducteur, mêlant la prudence dans ses commentaires politiques à une véritable audace dans sa vision." Les deux convives de Mion se retrouveraient... Ce lundi d'avril 2017, le quatrième invité s'appelle Olivier Duhamel, alors président de la Fondation nationale des Sciences politiques et dont la journaliste Ariane Chemin, dans Le Monde, a évoqué les liens avec Frédéric Mion.

"Qui choisiriez-vous comme Premier ministre ?"

Le déjeuner a lieu rue Saint-Guillaume, dans le VIIe arrondissement de Paris, là où se trouvent les locaux de Sciences Po. Brigitte Macron, l'air de rien, lance à la cantonade : "Quel Premier ministre choisiriez-vous ?" Olivier Duhamel prend la parole : il préconise le choix d'un homme d'expérience, cite les noms de Jean-Yves Le Drian et de Bruno Le Maire.

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Brigitte Taittinger penche pour une personne en marge de l'action publique, Louis Gallois ou Christine Lagarde. Frédéric Mion évoque son ami, un certain Edouard Philippe. Chez lui, lors de l'un de ses fameux dîners, en 2011, Emmanuel Macron et le maire du Havre ont eu l'occasion d'apprendre à se connaître.

Brigitte Macron ne cille pas. Elle sait être une tombe. Scène de la vie parisienne. Le 4 janvier 2021, Olivier Duhamel a démissionné de la présidence de la Fondation nationale des sciences politiques, à la suite de la parution du livre de sa belle-fille, Camille Kouchner, La Familia grande (Seuil), dans laquelle elle l'accuse d'inceste et de viol ou d'agressions sexuelles "pendant des années".