On les attendait sur la dette, la crise de l'euro, le chômage, les vrais préocupations des Français. Et bien non, Martine Aubry et François Hollande se sont "disputés", en fin de débat, sur le nucléaire et ont marqué leurs différences sur la dépénalisation du cannabis. Ces deux sujets ont été poussé en avant par la maire de Lille décidée depuis mercredi à changer de positionnement. Forcée de se différencier vis à vis de ses adversaires à la veille du débat de jeudi soir, Martine Aubry a choisi de creuser un sillon laissé vacant: les questions de société.

Première annonce choc: elle est dorénavant en faveur de la dépénalisation du cannabis, prenant ses distances avec le projet socialiste et les autres candidats, exception faite du radical Jean-Michel Baylet qui défend, lui, la légalisation de cette drogue dite "douce". L'angle d'attaque ne convainc pourtant pas les spécialistes de l'opinion. "Cette question n'apparait pas dans les préocupations des Français, au vu des dernières enquêtes que nous avons pu réaliser, indique Frédéric Dabi, de l'Ifop. Dans la dernière en date, en juin 2011 pour le quotidien SudOuest, on s'aperçoit que les choses ont beaucoup évolué depuis 10 ans: 63% des Français se disent aujourd'hui contre la dépénalisation du cannabis, y compris chez les militants de gauche et chez les jeunes (52%). Il n'y a pas vraiment d'électorat à gagner de ce côté là."

Coup double pour Martine Aubry

Un sentiment partagé par Céline Bracq, de BVA: "Même chez les électeurs d'Europe-Ecologie Les Verts, la majorité des sondés se disent "plutôt hostile" à la dépénalisation." Il n'en est pas de même sur la question du nucléaire: Aubry a plaidé fermement pour un abandon programmé là où son concurrent s'engage seulement à ramener en 2025 de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité. "Un discours pronant la sortie dès que possible sera entendu dans l'électorat écologiste", relève Céline Bracq. Coup double pour Aubry: en plus de se différencier d'Hollande, elle invite les électeurs écologistes à venir voter pour elle le 9 octobre.

Un choix plus risqué qu'il n'y parait, selon Frédéric Dabi: "A part dans l'électorat écologiste, les Français sont mitigés sur cette question, c'est quasiment du 50-50." Et rien ne dit que les écologistes répondront favorablement à l'appel du pied de la maire de Lille. Malin, François Hollande n'a pas manqué jeudi soir de pointer que Martine Aubry n'arrêterait pas le chantier de l'EPR de Flamanville.