L'histoire est partie d'un communiqué de presse envoyé sur Telegram le 15 mai à l'occasion de la tenue des conseils d'arrondissements. Le premier "d'Ensemble pour Paris", la liste LREM dans la capitale conduite par Agnès Buzyn, depuis bien longtemps. Le dernier remontait en effet au premier tour des élections municipales, il y a deux mois. Le premier signe d'une timide reprise des activités politiques des Marcheurs dans la capitale, après la crise sanitaire.
Après le score d'Agnès Buzyn, qui avait rassemblé 17,3 % des suffrages au premier tour, loin derrière la maire socialiste sortante, Anne Hidalgo (29,3 %), et sa concurrente LR, Rachida Dati (22,7 %), des voix discordantes ont commencé à se faire entendre dans la majorité sur sa capacité à conduire la liste LREM pour le second tour du scrutin, qui devrait avoir lieu le 28 juin si les conditions sanitaires le permettent.
LIRE AUSSI >> Un ministre sur Agnès Buzyn : "ça ressemble fort à un syndrome dépressif post-électoral"
Interrogée sur le maintien ou non de la candidature d'Agnès Buzyn, le 21 mai sur France Inter, la secrétaire d'Etat en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa, colistière dans le XIVème arrondissement, avait été la première à jeter un doute. Elle avait simplement répondu être "dans l'incapacité de répondre" à cette question car "elle n'a pas d'information à cet égard".
Le 19 mai, le candidat ex-LREM à la mairie de Paris Cédric Villani, qui vient de rejoindre le nouveau groupe "Ecologie Démocratie Solidarité" à l'Assemblée, avait saisi l'occasion, se disant "ouvert à la discussion" avec En Marche si l'attitude d'Agnès Buzyn compromet la "candidature" du mouvement.
"Honnêtement, je n'ai pas compris aujourd'hui si elle maintient sa candidature ou pas", avait-il déclaré su France Inter. Le député, arrivé cinquième avec 7,9 % des voix exprimées, avait souligné "à quel point la candidature d'Agnès Buzyn a été l'objet de flottement et à quel point Agnès Buzyn elle-même a envoyé des signaux contradictoires quant à son maintien ou pas".
Une visioconférence avec les têtes de liste LREM mardi
De figure providentielle des élections municipales à Paris au banc des accusés dans la crise du coronavirus, l'ancienne ministre de la Santé avait vécu six semaines en forme de descente aux enfers, dont elle a tenté de se sortir en avril en remettant la blouse à l'hôpital Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine).
Plus encore que son score décevant, ce sont des confidences publiées par Le Monde au surlendemain du premier tour qui ont signé sa disgrâce. Elle disait avoir voulu "mettre fin à cette mascarade" des élections avant leur tenue en raison de l'épidémie qui s'annonçait, expression qu'elle a ensuite regrettée.
"Agnès Buzyn a mis la campagne entre parenthèses pour des raisons légitimes", temporise le patron de LREM et numéro deux sur les listes dans le XVIIe arrondissement, Stanislas Guerini, dont le nom circule pour récupérer la conduite des listes. Il s'est dit ce lundi convaincu qu'Agnès Buzyn était "déterminée" à porter le projet du parti au deuxième tour. "Nous sommes déterminés à porter ensemble un projet pour Paris", a-t-il affirmé sur Europe 1. LREM "se maintiendra pour ce deuxième tour, avec la même tête de liste", déclarait-il à l'AFP dès le 15 mai. "Elle dira le moment venu ses choix et sa vérité", avait-il ajouté.
LIRE AUSSI >> Municipales reportées : pas si simple d'être candidat deux fois
L'ancienne ministre de la Santé, remplacée à ce poste par Olivier Véran, pourrait sortir du silence à laquelle elle s'astreint dès mardi matin. Selon les informations de l'Opinion, elle doit en effet annoncer, au cours d'une visioconférence avec les têtes de liste LREM à Paris, qu'elle conduira bien les listes macronistes dans la capitale au second tour.
Agnès Buzyn, qui avait repris le flambeau de Benjamin Griveaux, mis sur la touche après la diffusion de vidéos intimes, pourra compter sur l'un des poids lourds du gouvernement, le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin. Il a appelé dimanche son camp à se mobiliser derrière elle. "Il faut qu'on soutienne notre candidate, c'est une grande femme qui a quitté son ministère", a-t-il estimé lors de l'émission le grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.
Comme le rappelle Le Monde, la campagne d'Agnès Buzyn pourrait toutefois être percutée de plein fouet par les commissions d'enquête parlementaires, qui commenceront leurs auditions sur la gestion de la crise due au coronavirus.
