Le débat transcende les clivages partisans. Au lendemain de l'attaque de six militaires à Levallois-Perret, plusieurs responsables politiques s'interrogent sur l'avenir de l'opération Sentinelle. Les soldats de cette force ont déjà été visés cinq fois par des individus revendiquant des affinités avec le groupe terroriste Etat islamique. "Les militaires de la force Sentinelle n'ont jamais déjoué le moindre attentat, à part ceux dont ils ont été victimes eux-mêmes", a affirmé ce jeudi l'ancien député Georges Fenech sur Europe 1.
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Déployé après les attentats de janvier 2015, le dispositif mobilise 7000 soldats, qui patrouillent dans l'Hexagone. Ces militaires sont un renfort dans la lutte contre le terrorisme mais également des cibles pour les assaillants. Pensée comme un moyen de prévenir les attaques, l'opération Sentinelle est désormais critiquée comme un dispositif inefficace, voire dangereux pour les soldats.
Un dispositif à "remettre à plat"
"Le dispositif est à remettre à plat", a affirmé ce jeudi le député LR Daniel Fasquelle sur RMC. "Est-ce que c'est la vocation des militaires que d'assumer ce genre de missions? On sait qu'ils ne sont pas formés pour ça et que ce n'est pas leur mission particulière", a-t-il ajouté.
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Selon lui, les militaires doivent en priorité "assurer notre sécurité en protégeant nos frontières" et laisser la police assurer la sécurité intérieure. Un constat partagé par Georges Fenech, qui plaide pour un retrait progressif de la force Sentinelle et le recrutement de "quelque 2500 fonctionnaires de police et de gendarmerie, dont c'est le métier".
"Le moment est venu de faire un bilan"
Le député européen Arnaud Danjean, spécialiste des questions de défense, demande lui aussi une "remise à plat" de l'opération. À gauche, Sentinelle est également critiqué. "Le moment est venu de faire un bilan et de se poser la question de l'opportunité, s'est interrogée sur FranceInfo la députée LFI Clémentine Autain. Est-ce que ce sont les militaires qui sont le plus à même d'occuper les fonctions qui leur sont aujourd'hui dédiées?"
De son côté le Parti communiste prône "une évaluation critique de Sentinelle comme de toutes les mesures prises dans le cadre de l'état d'urgence". Le Front national se montre enfin sévère avec le déploiement de soldats sur le territoire national. Dans un communiqué, Marine Le Pen juge "urgent de réfléchir à la façon de protéger les militaires de l'opération Sentinelle".
L'opération va être revue "en profondeur"
Interrogé sur Europe 1, le vice-président du parti Florian Philippot a estimé ce jeudi que le dispositif n'était pas "idéal" et qu'il pesait sur "l'entraînement des hommes". "On pourrait imaginer que ce soit une mission de la police et de la gendarmerie, le problème c'est que vous avez à la fois une police à l'os en France, une gendarmerie à l'os, et une armée à l'os. Évidemment on se trouve sans solutions idéales."
Si la disparition de la force Sentinelle n'est pas dans les projets du gouvernement, l'opération devrait être modifiée dans les mois à venir. Le 14 juillet, Emmanuel Macron a affirmé que l'organisation de Sentinelle serait revue en "profondeur" à l'automne "afin d'avoir une plus grande efficacité opérationnelle et de prendre en compte l'effectivité et l'évolution de la menace".
Lundi, la ministre de la Défense Florence Parly a annoncé que Sentinelle serait prochainement adaptée "pour s'inscrire dans la durée" et "[resterait] en place tant qu'elle sera utile à la protection des Français".
