"Je suis dans la cage d'escalier de mon entreprise lorsque, soudain, j'entends des coups de feu en provenance du hall d'entrée, sans savoir d'où ils proviennent. Que dois-je faire ? Trois options : aller voir ce qu'il se passe, regarder par la fenêtre ou retourner d'où je viens et me mettre à l'abri." La dernière réponse est la bonne, bien sûr ! Ce scénario est issu d'un nouveau site interactif du plan Vigipirate, Faire face ensemble, lancé ce vendredi sur Internet par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN).

Cet organe, qui dépend du Premier ministre, élabore, entre autres missions, les divers plans d'intervention et de secours contre les attentats. Depuis 2015, dans le cadre de son action de prévention, il a édité, notamment pour les citoyens et les entreprises, de nombreuses plaquettes et recommandations sur les conduites à suivre dans une telle situation. Faire face ensemble est, de fait, le volet public du plan Vigipirate, dont les modes d'action sont classifiés. La plateforme se présente sous la forme d'un cours en ligne (un "Mooc") et se veut un outil de sensibilisation et de formation des citoyens en cas d'attaque ou d'attentat.

"Ce n'est pas parce que la menace terroriste est moins visible qu'elle a disparu", souligne-t-on au SGDSN. Certes, depuis la chute de Daech, en Irak et en Syrie, le nombre d'attentats déjoués sur le territoire national a baissé. Le plan Vigipirate est actuellement en posture "Sécurité renforcée - risque attentat", un niveau d'alerte intermédiaire (2) sur une échelle qui en comprend trois. Selon les services de renseignement, la menace est désormais principalement "endogène".

Des mesures pratiques pour chacun

Moins apparente, elle est cependant durable. D'autant que certains djihadistes, condamnés à de courtes peines, sortiront bientôt de prison et devront être surveillés de près. Autre catégorie à risque : les anciens prisonniers de droit commun, qui se seraient radicalisés sous les verrous. "Il est nécessaire de ne pas relâcher la vigilance et de maintenir un suivi dans la conscience collective, indique-t-on au SGDSN. Nous n'avons pas voulu créer une plateforme anxiogène, mais offrir une synthèse des mesures pratiques et réglementaires, des retours d'expérience et des réactions utiles de tout un chacun face à un comportement inapproprié."

Trois modules ont été élaborés. Le premier décrit la menace et présente les grandes lignes du plan Vigipirate, le deuxième expose comment réagir en cas d'attaque, tandis que le troisième est destiné à certaines catégories professionnelles : élus locaux, responsables d'établissements recevant du public et organisateurs de manifestations. Tous proposent des parcours interactifs pédagogiques agrémentés de conseils pratiques sur la bonne façon de rester vigilant au quotidien, de préparer ses voyages ou de faire face à une personne qui se radicalise. À la fin, un petit questionnaire permet à chacun d'évaluer ses connaissances.

Toutes ces séquences s'ouvrent par le témoignage d'une personnalité qualifiée. On entend ainsi Amin Boutaghane, patron de l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste, Muriel Domenach, ancienne Secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, mais aussi le journaliste Didier François, ancien otage de Daech en Syrie, Amaury, victime de la tuerie du Bataclan, Eric Menassi, le maire de Trèbes, où le gendarme Arnaud Beltrame a été assassiné lors d'une prise d'otage. Parce que le risque zéro n'existe pas.