L'Express. Le 5 octobre prochain, vous ne voterez pas le Projet de loi "néonicotinoïdes" du gouvernement concernant la filière betteravière. Pourquoi ?

Jean-Charles Colas-Roy. C'est la première fois que je vais m'opposer à un texte du gouvernement. Bien sûr, je suis d'accord pour aider la filière et les agriculteurs betteraviers, je le suis aussi pour renforcer nos investissements dans la recherche d'alternatives, mais je ne souhaite pas que cela se fasse en réécrivant la loi Biodiversité de 2016, qui avait entériné des avancées majeures ! Ré-autoriser les néonicotinoïdes tueurs d'abeilles quatre ans plus tard, c'est envoyer un mauvais signal. Ce sont des produits nocifs, beaucoup d'études le montrent, ils perturbent très fortement la biodiversité, les abeilles en particulier, même sans pollinisation. Bref, c'est une vraie régression environnementale.

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Vous parlez aussi d'une question de timing, au moment où Emmanuel Macron veut verdir la fin de son quinquennat...

Je pense que la période dans laquelle nous entrons est encore plus politique que les précédentes. Il faut que nous renforcions notre crédibilité en matière environnementale ! Nous avons de belles annonces à faire dans le plan de relance, dans le budget vert, dans le sillon du travail de la convention nationale pour le climat, il serait dommage de les parasiter en adoptant ce texte qui a une portée forte. On doit être très vigilants sur les symboles et les messages que l'on envoie. De plus, à mon sens, adopter cette loi c'est ouvrir une boîte de Pandore : on donne le signal à l'ensemble des filières qu'elles pourraient demander une réécriture de loi si elles ont une difficulté liée à un aléa climatique.

Et puis, on parle beaucoup de l'impact économique sur la filière betteravière, des 46 000 emplois en jeu, mais ou oublie trop souvent de chiffrer l'impact économique de la ré-autorisation des néonicotinoïdes sur l'ensemble des filières agricoles, compte tenu des dégâts sur les pollinisateurs et donc sur la biodiversité.

"Je me bats pour que la loi Biodiversité de 2016 ne soit pas détricotée"

Cela vous étonne-t-il de voir Barbara Pompili soutenir ce projet de loi, elle qui avait justement porté la loi Biodiversité de 2016 ?

Être ministre de la Transition écologique, c'est compliqué... Moi je me bats pour justement faire respecter cette belle loi de 2016 qui porte son nom, sur laquelle elle s'était beaucoup battue. Et, à mon tour, je me bats aujourd'hui pour qu'elle ne soit pas détricotée.

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Que pense le référent Transition écologique de la République en marche de son action depuis sa nomination au gouvernement ?

Le ministère de la Transition écologique et solidaire est vaste et complexe : il va de la gestion des risques environnementaux aux transports, à l'énergie, à la biodiversité... Je salue ses avancées en matière de bien-être animal, sur le verdissement du plan de relance, sur sa volonté de faire appliquer le texte de la Convention citoyenne pour le climat ! Je souhaite être en appui de la ministre sur ces sujets-là. Mais je veux aussi être un aiguillon quand il y a besoin de vigilance : c'est le cas sur ce projet de loi néonicotinoïdes, ou sur d'autres sujets sur lesquels des ministres qui sont sous sa tutelle (Jean-Baptiste Djebbari, NDLR) tentent de revenir sur des mesures de la Convention citoyenne pour le climat, pourtant validées par le président de la République...

Vous êtes inquiets pour la traduction des travaux des citoyens qui ont participé à cette Convention citoyenne ?

Je suis très vigilant sur le calendrier de la loi convention citoyenne sur le climat. Le président a fait un discours fondateur le 29 juin, que j'ai beaucoup apprécié, puis les citoyens ont réalisé un travail important pendant neuf mois. Si on veut qu'il porte ses fruits, il faut aller beaucoup plus vite et ne pas procrastiner sur ce sujet ! Je partage leur impatience de voir ce texte rapidement mis en oeuvre, et je partage leur volonté de garder la cohérence d'ensemble des mesures qu'ils ont proposées. Je suis à leur côté pour être vigilant sur la traduction de leurs travaux, et sur le respect de la feuille de route donnée par le président de la République ce 29 juin au matin.

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