Est-ce bien une soirée électorale ? Pas d'élus qui se bousculent ou de journalistes qui furètent au siège de la République en Marche. Le mouvement présidentiel est forcé de se barricader. En fin d'après-midi, ils ne sont qu'une poignée à affûter les éléments de langage à dispenser sur les plateaux de télévision. Sont présents le conseiller spécial du président de la République, Philippe Grangeon, l'ancien stratège d'Emmanuel Macron, Ismaël Emelien, le délégué général de LREM, Stanislas Guerini, le secrétaire d'Etat Gabriel Attal et la députée Aurore Bergé. Ces trois derniers seront chargés de porter la parole du parti présidentiel sur le plateau de France 2 où, coronavirus oblige, ils auront finalement à peine le temps de commenter les résultats électoraux.
Conférence téléphonique
Plusieurs réunions s'enchaînent par conférence téléphonique au siège de la rue Sainte-Anne. Une première pour les porte-parole du parti en fin d'après-midi. Une seconde pour les membres du bureau exécutif. Ces derniers conversent depuis leurs domiciles respectifs. Avant de raccrocher, ils apprennent l'une des rares bonnes nouvelles de la soirée pour le parti présidentiel : la réélection dès le premier tour de Denis Thuriot à Nevers. Il était l'un des premiers maires à rejoindre Emmanuel Macron en 2016.
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Difficile d'avoir une vision d'ensemble des résultats nationaux, tant les configurations et les alliances diffèrent selon les territoires. Les macronistes mettent en avant les succès dès le premier tour des ministres Sébastien Lecornu à Vernon, Gérald Darmanin à Tourcoing et Franck Riester à Coulommiers. Que des transfuges de droite. Pour le reste, ils sont bien obligés de constater qu'à Lille, Bordeaux, Rennes ou Marseille, La République en Marche est à la peine quand elle concourt sous ses propres couleurs et sans alliance avec des maires LR, PS ou MoDem sortants. Les scores dans ces quatre villes, où LREM compte de nombreux députés, sont proches de l'humiliation. "Dans un climat de crise sanitaire, la prime au sortant est encore plus importante que d'habitude, commente la députée de Paris et porte-parole du mouvement, Laetitia Avia. Beaucoup ont voulu nationaliser ces élections. Or, je constate les bons résultats de nos ministres."
Objectif modeste
Sur les boucles Telegram des députés LREM, les remontées de terrain se chevauchent, encore parcellaires. "Je pense que l'on va dépasser les 10 000 conseillers municipaux, confie à L'Express un député de Nouvelle Aquitaine, en référence à l'objectif - modeste affiché par le mouvement pour ces élections municipales. Mais on va avoir du mal à décrocher des villes symboles."
De nouvelles conférences téléphoniques se succèdent au siège du mouvement. Il faut accompagner les candidats sur le terrain, les aider à faire le bon choix pour le second tour. Fusionner (et avec qui), se désister ou se maintenir ? Chaque candidat a un référent au sein de la commission d'investiture de LREM. Que faire à Bordeaux, par exemple ? Distancé par le maire sortant LR, Nicolas Florian, et l'écologiste Pierre Hurmic, Thomas Cazenave est en position de faiseur de roi. "La nuit va être assez longue, avec des discussions dans toute la France", souffle un membre du bureau exécutif.
Il n'est jamais agréable de prendre un bouillon mais, parfois, cela permet de se retirer une épine du pied. A l'approche du premier tour, les macronistes craignaient de se déchirer sur le cas de Paris, entre partisans d'une alliance avec Anne Hidalgo et ceux qui auraient préféré pactiser avec Rachida Dati. "Cette perspective s'éloigne", commente, presque soulagé, un élu de province en constatant l'écart inattendu de huit points entre la socialiste et l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy.
