Quelques semaines après avoir accouché dans la douleur d'une position commune sur le second tour de la présidentielle, les dirigeants de Les Républicains (LR) vont avoir l'occasion de s'écharper sur le second tour des législatives. C'est le juppéiste Gilles Boyer, candidat LR dans les Hauts-de-Seine, qui a ouvert les hostilités ce lundi en plaidant sur CNews pour "une stratégie de désistement réciproque" entre LR et La République en marche (REM), "dans les circonscriptions où le Front national menace de l'emporter" au second tour des élections législatives.

Gilles Boyer a également appelé le parti d'Emmanuel Macron à suivre son initiative: "Je demande que la République en marche prenne aussi position sur une stratégie de désistement réciproque". L'ancien directeur de campagne d'Alain Juppé a insisté: "Il n'y pas de ni-ni en ce qui me concerne".

"Les désistements devront faire partie de l'entre-deux-tours des législatives"

Interpellé sur cette question lors d'un déplacement à La Baule (Loire-Atlantique), François Baroin a semblé donner raison à Gilles Boyer. "Cette question [du désistement] est tranchée depuis très longtemps. Et naturellement, tout sera mis en oeuvre au niveau national pour éviter ce genre de choses, a estimé le responsable de la campagne des législatives. Je souhaite d'ailleurs que la réciproque soit vraie du côté d'En Marche comme du Parti socialiste. Les désistements devront faire partie de l'entre-deux-tours des législatives."

Une réponse étonnante alors que depuis de nombreuses années, l'UMP, puis LR, a opté systématiquement pour le célèbre "ni-ni", refusant de se désister au profit du candidat républicain face au candidat FN, que ce soit aux élections municipales, régionales, départementales ou encore aux législatives précédentes. "La ligne de Baroin est très personnelle. Il va falloir qu'il la précise", estime une source LR pour qui la sortie de Boyer serait un "calcul personnel pour créer des lignes de fracture qui justifieraient après coup un ralliement à Macron".

Jean-Paul Delevoye contre des "consignes globales"

A la direction du parti, on indique simplement que la question sera abordée mardi lors d'un comité de campagne au siège. Mais la réponse ne devrait pas être tranchée avant le soir du premier tour, ajoute-t-on également. "L'objectif, c'est quand même que nos candidats soient les mieux placés possible à l'issue du premier tour."

Du côté de REM, l'initiative n'a pas créé d'enthousiasme délirant. "Je suis contre des consignes globales", réagit auprès de L'Express Jean-Paul Delevoye. Le président de la commission nationale d'investiture de REM estime que les situations devront être analysées au cas par cas. "Chaque circonscription est particulière. Il faut faire preuve de pragmatisme, de réalisme", défend l'ancien ministre chiraquien qui suspecte derrière la prise de position de Gilles Boyer ou de François Baroin une "stratégie pour défendre des situations particulières plutôt que de lutter contre les extrêmes".

Des désistements contre la France Insoumise?

Pas de consigne globale donc mais pas d'hostilité de principe non plus donc. Pour Jean-Paul Delevoye, l'objectif de ne "jamais favoriser l'élection d'un candidat FN" peut aussi s'élargir à la France Insoumise dans le cadre de la "lutte contre les extrêmes". Des désistements pour faire échec à la formation de Jean-Luc Mélenchon pourraient donc, le cas échéant, être aussi envisagés. Jean-Paul Delevoye précise qu'il s'agit là d'une "opinion personnelle" et que la question n'a pas été tranchée par REM. Interrogé par L'Express, le parti n'a pas répondu à nos questions ce lundi en fin d'après-midi.