Oui, l'émission s'intitule "Où va la France ?". Mais ce mercredi soir sur TF1, dans une interview enregistrée ce dimanche dans la salle des fêtes du palais présidentiel, Emmanuel Macron devra d'abord, et longuement, répondre à une autre question sur laquelle il a infiniment plus de prise : "Qu'ai-je fait de la France ?" Il s'agit assurément de tout l'intérêt de l'exercice pour le chef de l'État : puisqu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même - surtout lorsqu'on est locataire de l'Élysée, encore davantage lorsque l'on est Emmanuel Macron... -, il a jugé utile, à quelques jours de Noël et à quelques semaines de son annonce officielle de candidature, de défendre son quinquennat, d'expliciter son action. Qu'on en débatte entre les huîtres et le chapon ! Comme il l'avait souhaité l'an dernier en donnant un grand entretien à L'Express sur les Français quelques jours avant le réveillon.
"Cette fois, ce sera plutôt centré autour de la défense du bilan, avec, côté tonalité, de la bienveillance et de l'humilité", souffle un ministre proche du président de la République. De l'humilité, il en faudra sans doute. Selon Politico, Emmanuel Macron a été invité par les journalistes Audrey Crespo-Mara et Darius Rochebin à revenir sur "les ratés" de ces quatre dernières années : son hubris, son rapport parfois tumultueux avec les Français, ou du moins une partie d'entre eux, les gilets jaunes, la crise du Covid... et même ses sorties de route plus ou moins contrôlées, comme le fameux "pognon de dingue" ou le désormais iconique : "Je traverse la rue et je vous trouve un travail." Dans son entourage, on nous promet le déploiement d'une vision distanciée de sa gouvernance et de ses mots, voire la confession de quelques erreurs... Encore !
Reconnaître ses torts est une gymnastique que le président ne fuit pas. Au contraire, il s'y autorise sans mal. Dans ses différentes interventions depuis le début de son mandat, il a exercé en ce sens le "en même temps" dont il se revendique encore aujourd'hui : d'un côté, il entame la majorité de ses allocutions par une dizaine de minutes de satisfecit, notamment depuis l'irruption du Covid-19 ; et, de l'autre, il manie sans sourciller le repentir lors des périodes de crise. Et Dieu sait qu'elles ne l'ont pas épargné... Mais cette fois, ce n'est pas une séquence, un épisode, un évènement, sur lequel il lui est demandé de s'épancher - de s'introspecter - mais bien sur l'entièreté de son mandat. Cette interview d'au moins deux heures doit-elle être, pour autant, la dernière étape d'un quinquennat de mea-culpa ?
"Je suis contre ça, confie un membre du gouvernement qui a plus que d'autres l'oreille du chef de l'État. Déjà, pour son allocution du 10 décembre 2018 sur les Gilets jaunes, certains lui recommandaient de faire comme ça. Je n'étais pas d'accord. Il faut faire humble mais assuré, pas contrit et perdu." Ce n'est pas son genre. Mais, en pleine crise, Emmanuel Macron avait enregistré une vidéo face caméra pour s'adresser au pays : "Je prends ma part de cette responsabilité. Il a pu m'arriver de vous donner le sentiment que ce n'était pas mon souci, que j'avais d'autres priorités. Je sais aussi qu'il m'est arrivé de blesser certains d'entre vous par mes propos."
Plus récemment, le 14 juillet 2020, le chef de l'État avait été questionné par Léa Salamé et Gilles Bouleau à propos de son incapacité à ressouder un peuple Français plus divisé que jamais. Là encore, il n'a rien maquillé, rien sous-pesé. "Vous avez raison d'abord. Je n'y suis pas parvenu, a-t-il reconnu. Est-ce que ça veut dire que je vais arrêter de me battre, d'essayer de convaincre, de porter un tel projet ? Non. Mais j'ai sans doute fait des erreurs qui ne m'ont pas permis d'y parvenir et nous avons vécu le chaos, si je puis dire, et le grand fracas du monde." Il est probable que cette même question, en substance, lui soit posée à nouveau ce mercredi soir. Comme celle de la stabilité, voire de la montée de l'extrême droite après cinq ans au pouvoir. Comment y répondre autrement ?
Reconnaître ce qui lui a manqué mais également démontrer qu'il saura y remédier pour les cinq prochaines années... S'il y a un équilibre qu'Emmanuel Macron, en campagne pour sa réélection, a dû s'échiner à trouver avec ses conseillers, c'est bien celui-là. Exercice complexe, surtout quand il concerne son propre tempérament, sa propre personnalité. Mais qui mieux que le maître du "en même temps" pour y arriver ?
