Pas d'annonce avant l'allocution présidentielle. Ce jeudi, Édouard Philippe, accompagné des ministres de la Santé, de l'Intérieur, de l'Economie et des Relations avec le Parlement, a réuni les chefs des partis, en amont de la prise de parole d'Emmanuel Macron prévue à 20h. Une rencontre qui s'inscrit dans la politique de transparence, promise par le Premier ministre à l'opposition. A l'ordre du jour : les mesures que prendra le gouvernement tandis que l'épidémie de coronavirus gagne un peu plus de terrain chaque jour. Sur le modèle de la rencontre qui s'est tenue fin février, Édouard Philippe a rappelé, dans son propos liminaire, la stratégie de freinage de la contamination mise en place par l'exécutif, évoquant également la question de l'impact sur l'économie.

"Les propos du Premier ministre étaient très flous, réagit le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure. Il n'a fait que répéter ce qu'il avait déjà déclaré publiquement, et n'a répondu directement à aucune de nos sollicitations." Dans un courrier adressé à Édouard Philippe, ce mercredi, le socialiste avait réclamé la mise en place de l'état d'urgence sociale, et notamment le report de l'entrée en vigueur de la réforme de l'assurance chômage, prévue pour le 1er avril. "Je l'ai senti très gêné lorsque j'ai réitéré la question, soutient Olivier Faure. Il a botté en touche. Le gouvernement sent bien que c'est un sujet très délicat." Dans la foulée, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, s'est d'ailleurs dite prête à un aménagement des nouvelles règles de l'assurance chômage.

L'accent mis sur la question économique

Autre point de crispation pour la gauche : la question des moyens accordés à l'hôpital public, posée à l'unisson par les Verts, les communistes et les socialistes. "Je m'attendais à ce que le Premier ministre annonce la mise en place de moyens renforcés pour l'hôpital public, mais la question n'a même pas été évoquée", regrette Julien Bayou, secrétaire national d'Europe Écologie Verts. Plus généralement, l'aile gauche de l'opposition pointe du doigt une intervention "centrée sur les questions économiques", au détriment des "sujets liés aux services publics et à la solidarité européenne".

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Dans son allocution, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire a effectivement rappelé la mobilisation du gouvernement auprès des commerçants et des entreprises, et évoqué des mesures éventuelles comme le report des cotisations sociales. Un plan d'action insuffisant, pour le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau. "Il n'y a pas de mesure exceptionnelle, dimensionnée au choc planétaire qui va être massif, soutient ce dernier. Il nous faut un bouclier anti-crise avec des mesures plus fortes. J'ai exposé mon point de vue au Premier ministre qui n'a pas dit "non" et a indiqué que la situation était évolutive. Le gouvernement a compris que sa réponse, sur le plan économique, était trop faible."

Les municipales maintenues

Un prisme économique qu'a dénoncé la présidente du Rassemblement national. "Mon sentiment après cette réunion, qui ne nous a apporté aucune réponse précise (masques disponibles, tests disponibles...?), est que le gouvernement est beaucoup plus inquiet de la crise économique que de la crise sanitaire", a écrit, sur Twitter, Marine Le Pen. "Elle a adopté un comportement complotiste et dans la polémique", rétorque le chef de file de La République en marche, Stanislas Guerini. La question du maintien des élections municipales a également été évoquée, et le Premier ministre a fait savoir qu'il n'était, pour l'heure, pas question de les reporter. Édouard Philippe a toutefois annulé son meeting, prévu ce jeudi, au Havre.