Après les déclarations musclées d'Emmanuel Macron sur les propositions de la Convention citoyenne pour le climat (CCC), qui ne sont pas "la Bible ou le Coran" selon le président de la République, le gouvernement dévoile au compte-gouttes le sort qu'il compte réserver aux préconisations des 150 citoyens tirés au sort : transmises "sans filtre" au Parlement, comme le chef de l'Etat s'y était engagé, ou édulcorées ?
"C'est vraiment un premier jet"
Après un premier après-midi de réunions lundi avec la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon et son collègue des transports, Jean-Baptiste Djebbari, les portes n'ont pas claqué. Et l'absence de portes, pour cause de visioconférence, n'y est pour rien. "J'en ressors beaucoup moins déçu que prévu, confie Grégoire Fraty, l'un des membres de la CCC. Je retrouve beaucoup de nos propositions, même s'il y a encore des trous dans la raquette." Sa collègue Mélanie Cosnier, qui n'est pas "la plus radicale," comme elle se définit elle-même, abonde : "Certains disent que ce n'est pas assez. D'autres, comme moi, pensent que c'est un bon début. C'est vraiment un premier jet."
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Si les réactions, et les critiques, sont restées très mesurées, c'est peut-être surtout car le gouvernement est resté vague sur des points essentiels. "Ce sont des perspectives floues et peu encourageantes", regrette Matthieu Sanchez, du groupe de travail "Se déplacer", à propos de l'absence d'engagement ferme sur la création d'une éco-contribution sur les billets d'avion. L'exécutif veut épargner un secteur durement frappé par la crise du coronavirus. Il est aussi déçu par la décision de repousser de 2025, comme souhaité par la CCC, à 2030 l'interdiction de la vente des véhicules les plus polluants. "On aurait pourtant le temps de prendre le virage", poursuit Matthieu Sanchez.
"Ils n'ont pas voulu aller plus loin dans le détail"
Les membres du groupe "Se Loger" restent circonspects après leurs échanges avec Emmanuelle Wargon. Certes, la rénovation énergétique des logements va connaître un grand bond en avant avec l'interdiction de louer une passoire thermique à partir de 2028. En revanche, le gouvernement n'a toujours pas précisé s'il comptait rendre cette rénovation globale obligatoire d'ici 2040 pour tous les propriétaires de logements, comme le préconise la CCC. "Ils n'ont pas voulu aller plus loin dans le détail, regrette William Aucant, l'un des citoyens experts du logement. Or, l'obligation de rénovation, il la faut. On la veut." Tout en se félicitant de nombreuses avancées, Grégoire Fraty alerte sur ce point-là. "C'est un trou terriblement important car l'isolation thermique a un impact très fort sur les émissions de gaz à effet de serre." Le député LREM Jean-Charles Colas-Roy convient qu'il s'agit là d'un "gros morceau". "Cela peut faire l'objet d'avancées dans le cadre du travail parlementaire, mais je préférerais que ce soit mis dans le projet de loi car cela permet d'avoir une étude d'impact complète", dit-il.
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Le gouvernement est aussi attendu au tournant sur l'artificialisation des sols. En l'état, il sera toujours possible d'accorder des dérogations pour créer des surfaces commerciales périurbaines jusqu'à 10 000 mètres carrés. "C'est l'équivalent d'un supermarché de province !" alerte William Aucant. "On a besoin d'en savoir plus sur cette dérogation. Sera-t-elle exceptionnelle ou usuelle ?", s'interroge Grégoire Fraty.
Emmanuel Macron et les "gens mécontents"
De ces précisions dépendra l'avis final des membres de la CCC. "Si la veille de nous recevoir, ses ministres font passer en douce l'absence d'obligation de rénovation énergétique des logements, Emmanuel Macron va se retrouver face à des gens mécontents", prévient William Aucant. Une façon de maintenir la pression sur l'exécutif.
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Présent à la réunion, le député LREM Mickaël Nogal, spécialiste du logement, se veut rassurant. "J'insiste sur le fait que c'est le début du travail. Un premier texte va être transmis au Conseil d'Etat par le gouvernement. Les parlementaires en discuteront pendant plusieurs semaines, en lien avec les citoyens de la convention."
L'incapacité du gouvernement à communiquer sa position sur chacune des propositions de la CCC, à peine quelques jours avant la transmission du projet de loi au Conseil d'Etat, interroge. "Il reste 48 heures pour arbitrer les grosses mesures. C'est problématique !", s'agace le député ex-LREM Matthieu Orphelin. Sans savoir s'il s'agit d'une stratégie délibérée pour gagner du temps ou si le gouvernement est lui-même dans le brouillard. "Si le gouvernement ne garde pas certaines mesures, il faut qu'il nous dise ce qu'il compte adopter à la place pour atteindre l'objectif d'une baisse de 40% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030." Ce mardi, Barbara Pompili, Julien Denormandie et Olivia Grégoire communiqueront quelques arbitrages supplémentaires aux groupes de travail "Consommer", "Se nourrir" et "Produire et travailler".
